Certains défendent des idées. Moi j'en attaque.

dimanche 30 septembre 2012

Racisme anti-blanc

Jean-François Copé se met à parler de racisme anti-blanc alors qu'il a toujours - en tant qu'homme de la droite dite "républicaine" - condamné le Front National de la manière la plus solennelle précisément parce qu'il parlait de racisme anti-blanc. Jean-François Copé est d'une obscénité et d'un cynisme sans fond, c'est une affaire sur laquelle on ne devrait plus revenir.

J'ai vu la comédie française "Case Départ" sur la traite négrière. Les méchants y sont tous blancs et leurs victimes sont noires et juives. Ce qui m'a frappé, au-delà de la déformation historique, c'est la façon dont les esclavagistes sont représentés. Tous horribles physiquement, pas simplement désagréables non, particulièrement hideux, un peu comme les caricatures de Juifs à l'époque de la propagande nazie.

Christiane Taubira, ministre de la Justice, a affirmé "Il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les «jeunes Arabes» «ne portent pas sur leur dos tout le poids de l'héritage des méfaits des Arabes».". Dans le même temps elle est une militante de la mémoire de l'esclavage occidental imposée aux jeunes Français de souche.

Rokhaya Diallo, une jeune femme animatrice d'une émission sur La Chaîne Parlementaire - chaîne publique - a affirmé sur twitter que Mme. Taubira avait raison car comme nous sommes en France, nous devons parler de l'esclavage en rapport avec la France. Seulement Rokhaya Diallo milite aussi pour "adapter" les programmes scolaires à la nouvelle réalité française, aux Français d'origines africaines, en oubliant un peu nos Rois pour parler de leurs ancêtres. Mais pas de leurs ancêtres esclavagistes. Remplacer l'histoire des Français de souche par celle des Arabes, sauf quand cette dernière n'est pas glorieuse, donc. Pile je gagne, face tu perds.

Ségolène Royal a dit que Najat Vallaud-Belkacem "ne serait peut-être pas là où elle est si elle s'appelait Claudine Dupont". Jean-Luc Mélenchon écrit sur son blog "la couleur de peau : partout dominait en profondeur ce superbe marron que montrent les plus beaux êtres humains". Pour Yves Jégo, député UMP, le racisme anti-blanc est "une réalité que ne constate aucun Français de bonne foi". Pour Dominique Sopo, ex-président d'SOS-racisme, "le racisme anti-blanc est une notion forgée par le FN". Omar Djellil, ancien membre d'SOS-Racisme, affirme lui que le bureau national de l'association demande à ses membres de ne pas traiter les affaires dont les victimes sont blanches.

Le Figaro écrit "Il est difficile de savoir si un racisme antiblanc progresse parce qu’il n’existe aucun chiffre le mesurant", sans se demander pourquoi le FN progresse sans cesse. Le Monde titre "Comment l’extrême droite a fait du «racisme anti-blanc» une arme politique", j'ai cherché et ils n'ont en revanche jamais écrit d'article qui s'appellerait "Comment la gauche a fait du «racisme» une arme politique", de Julien Dray à Harlem Désir. Beaucoup disent que parler de racisme anti-blanc c'est en appeler au vote racial, c'est faire un grand signe communautariste. Personne ne dit que parler de racisme blanc contre les immigrés depuis 30 ans c'est appeler au vote racial, c'est faire un grand signe communautariste. On dit que parler de racisme anti-blanc est grave car le racisme ne se divise pas, mais on dissocie volontiers "racisme et antisémitisme".

BFMTV a fait un petit reportage à Lille ce matin, en demandant à trois Blancs s'ils étaient victimes de ce racisme. Deux ont dit que non, le troisième a dit que ça lui était déjà arrivé, plusieurs Noirs très agressifs le traitant de "Sale Blanc", mais il a aussitôt dit qu'il mettait cela sur le compte de la souffrance subie par ces gens, du fait qu'ils étaient "discriminés depuis des années". C'est le seul des trois à avoir témoigné sans vouloir montrer son visage. BFMTV n'a pas pensé à envoyer des journalistes vivre en banlieue pendant deux mois, pour enquêter sérieusement. BFMTV n'a pas non plus pensé à interroger des Arabes ou des Noirs dans la rue pour leur demander s'ils avaient déjà été victimes d'actes racistes, de ce racisme blanc qui justifie l'existence de dizaines d'associations subventionnées par l'Etat depuis quelques décennies, juste pour voir.

Je connais beaucoup de gens de gauche, qui ne parlent donc jamais de racisme anti-blanc, mais qui font tout pour vivre loin des quartiers à forte population d'origine immigrée, qui mettent leurs enfants dans des écoles privées, et qui ne s'éloignent pas du centre-ville le soir parce que passer dans tel quartier, selon leur propre avis, "ça craint trop". Ils sont toujours d'accord pour dire que pour quelqu'un à la peau bronzée, ça craint beaucoup moins. Je lis aussi des géographes qui parlent de l'exode des Français blancs fuyant massivement la banlieue pour s'installer plus loin, dans l'espace périurbain.

Un de mes collègues - un Blanc - m'a raconté l'autre jour qu'il s'était fait agresser par une racaille en quittant du travail, une racaille maghrébine. J'ai des collègues d'origine maghrébine aussi, ils n'ont jamais subi d'agression. Un de mes potes - un Blanc également - m'a dit qu'il s'était fait péter la mâchoire à la fête de la musique par une bande de Noirs qui emmerdaient sa copine, parce qu'il l'avait défendue. Elle et lui se sont fait traiter de "Faces de craie". J'ai des amis qui ne sont pas blancs aussi, et jamais ils n'ont connu ça. J'ai passé des années dans différentes banlieues, j'ai vécu sur le terrain le quotidien d'un visage pâle dans ce genre de zones et j'en ai écrit un petit texte qui a fait un peu de bruit.

Des histoires comme ça il y en a des centaines de milliers. Un site se propose de les répertorier, puisque personne ne s'en charge, il sert de base de données. Il s'appelle Fdesouche et en terme de visites il est le premier site politique français. Mais non, le racisme anti-blanc n'existe pas. D'ailleurs comment le pourrait-il, puisque les Blancs n'existent pas.

dimanche 24 juin 2012

Killian et Souleymane

Killian, 13 ans, battu et étranglé par Souleymane, 16 ans, dans la cour de son collège, jusqu'à ce que mort s'en suive. Ça me rappelle ma jeunesse.

J'étais en 5ème, lui en 3ème. J'étais petit à l'époque, et lui plutôt grand. C'était pas sa première 3ème en même temps. Il s'appelait pas Souleymane, mais pas loin. Et dans la cour, un jour, sans prévenir, il m'a pris à la gorge. Il a serré sa main sur ma pomme d'Adam, comme s'il voulait l'écraser. Je commençais à m'étouffer quand un prof est passé. Il n'a rien vu, ce prof, ils ne voient jamais rien, mais mon agresseur a pris peur et m'a relâché, avant de se casser. J'ai eu très mal pendant plusieurs jours, mais j'avais oublié cette anecdote, puisque la nature est bien faite. Mais ce fait divers est venu me la rappeler.

Ils parlent d'un motif très futile, "un banal échange de regards". Tout à l'heure un sociologue passait à la télé, un type du CNRS. Il parlait de violence imprévisible, incompréhensible, sans motif apparent. Une violence qui augmenterait partout dans "la jeunesse", selon lui : campagne, centre-ville, banlieue. Une violence indifférenciée en somme, un peu comme "la jeunesse". Mais "fort heureusement", dit-il, "les morts sont rarissimes". Les profs eux "n'ont rien vu venir". Ils ne voient jamais rien.

Moi, quand j'avais 12 ans, j'ai pas compris non plus. A cette époque j'en étais au même point qu'un chercheur du CNRS. Je me disais "mais pourquoi tant de haine ?". Puis, avec le temps, j'ai tiré quelques conclusions disons... empiriques. J'ai constaté des éléments qui revenaient sans arrêt. Comme le fait que les agresseurs, dans ces histoires, ont souvent la même tête et que les agressés, aussi. Comme le fait que j'ai souvent vu des Souleymane tabasser des Killian, et jamais le contraire. Ces quelques faits qui, étrangement, attirent rarement l'attention des chercheurs du CNRS, comme des gens qui passent à la télé en général.

J'entends maintenant parler d'une altercation qui aurait "mal tourné", comme si parfois ça tournait bien. Une broutille entre "camarades de classe". Camarades... 

Tant d'autres scènes me reviennent, quand j'y repense. Dans la salle de permanence de mon collège, une bande de Souleymane faisait régner "la terreur". Ils obligeaient les autres, les Killian, à lécher leur table, sous peine de menaces physiques immédiates. Je me souviens avoir refusé, moi. La fin de l'heure a sonné juste après. Les petites racailles sont parties en courant, tandis que j'ai dit aux autres "Mais pourquoi vous leur obéissez ? Dites-leur 'Non', comme moi". On m'a répondu "C'est facile pour toi de dire ça, toi tu rentres chez toi le soir, nous on va les croiser, on habite là avec eux". Il est vrai que je ne vivais pas au sein même de la cité qui entourait l'établissement, mais apparemment assez près pour avoir vu ce qu'il s'y passait, sur des années.

"Un banal échange de regards" qu'ils disent. Ces fameux "regards de travers" de la cour de récré, accompagnés quelques années plus tard des "hey t'as pas une garro ?" et autres "prête ton tel faut qu'j'envoie un sms !" de la rue. "Sans raison apparente" qu'ils disent. N'empêche qu'à 12 ans, j'avais une petite gueule d'intello et un teint franchement blanc, comme Killian j'en suis sûr. "Imprévisible, violence globale" qu'ils disent, mais j'avais deviné que l'agresseur ne s'appelait pas Julien, moi, avant que le vrai prénom ne soit publié. "Peu de morts" oui, donc tout va bien...

Je ne sais pas si un jour les Killian de France apporteront une réponse à tout ceci et je ne sais pas si, dans le cas où ils le feraient, les chercheurs du CNRS la comprendraient. Ce que je sais en revanche, c'est que si j'ai la folie d'avoir un garçon, celui-ci pratiquera au moins un sport de combat, et que si cet énième fait divers ne change rien, je l'écris quand-même car c'est une fable, cette histoire. Une fable contemporaine. Le 17ème avait "Le corbeau et le renard", nous avons "Killian et Souleymane".

vendredi 11 mai 2012

C'est mon histoire, c'est la vôtre, c'est la nôtre

Il semble que mon dernier texte ait eu un certain impact. Presque 2000 "J'aime" sur facebook, un grand nombre de liens sur twitter, des reprises sur plusieurs autres sites. Des visiteurs qui étaient des centaines sont devenus des milliers en quelques heures, principalement grâce aux administrateurs de François Desouche que je remercie au passage, et qui font un boulot essentiel, on ne le dira jamais assez. 

Une large audience pour cet article donc. Ça fait plaisir, inutile de le cacher, on écrit d'abord pour être lu. Des dizaines et des dizaines d'emails reçus, des proches parfois, beaucoup d'inconnus, de l'enthousiasme à revendre, des personnes qui se reconnaissent totalement dans les mots que j'ai expulsés, des témoignages de lecteurs souvent touchants et touchés. Je suis heureux d'avoir réussi à parler au nom de pas mal d'entre vous, en particulier de ma génération, et je compte bien continuer à le faire. Merci à vous. C'est toujours bon de savoir qu'on n'est pas seul.

Des réactions à gauche aussi, puisqu'au final ce texte leur est adressé. Des réactions étonnantes, que j'ai rarement lues chez ces gens au sujet d'un texte remettant en cause tout ce qu'ils incarnent. "Je suis perturbé", écrivent-ils, "Nous devons nous remettre en question, quelque chose ne va pas", etc. Comme "Oh mon Dieu, qu'avons-nous fait". Ce n'est pas trop tôt. Sincère ? Je ne sais pas, en tout cas j'observe, c'est intéressant. Oh je ne me fais aucune illusion, je me dis que si ces gens avaient voulu savoir, ils auraient su avant, nous sommes au 21ème siècle. Et je n'espère pas un changement dans leur comportement du jour au lendemain, tout cela est bien plus profond qu'on ne veut bien le croire. Mais je constate que mon cri a été entendu dans des endroits auxquels je ne m'attendais pas. Ce n'est pas, je crois, à négliger.

Quelques messages d'abrutis finis également, l'irréductible tas de cons d'extrême droite pour qui on n'est jamais assez "pur", qui voudraient rester entre eux,  comme une secte, paranoïaques et agressifs avec ceux-là mêmes qui essaient de se battre pour eux. Ils sont d'une lourdeur assez incroyable, comme s'ils étaient fascinés par la défaite. Ce sont ces braillards désespérants qui nous font systématiquement reculer, qui rendent inaudibles ce que nous avons à dire, impossible ce que nous avons à faire, et qui sont donc une aubaine pour la gauche. Il faudra un jour les faire taire, si l'on veut se faire entendre. Le plus triste, je crois, est qu'ils utilisent à longueur de temps le vocabulaire ennemi, exigeant sans arrêt des excuses, "Repente-toi d'avoir été de gauche à 11 ans !", ou "Tu ne respectes pas assez les femmes, j'exige l'égalité immédiatement !", chez des gens se disant "résistants" cela en dit long sur le stade de la maladie qui nous ronge, la phase terminale. J'ai même eu droit à "T'as pas honte d'afficher Caroline Fourest sur ton blog, traître !"...

Heureusement ce genre de commentaires affligeants est resté très minoritaire, comparé aux soutiens, ce qui préserve chez moi un certain optimisme pour la suite. Beaucoup ont proposé de faire de ce texte un manifeste, ou un tract, de le diffuser le plus largement possible, de l'envoyer sur des sites de gauche, de l'imprimer et de le distribuer dans les boîtes aux lettres... peut-être que l'idée est bonne, peut-être que ces quelques lignes ont un réel potentiel politique. Dans ce cas je compte aussi sur vous tous pour le partager autour de vous, dans votre entourage et avec vos moyens, comme le disait Roosevelt "Faites ce que vous pouvez, avec ce que vous avez, là où vous êtes", c'est de cette façon que nous pouvons espérer bâtir quelque chose d'autre, en dehors du mensonge français, une "fraternité" qui ne soit pas qu'un mot creux comme pour ceux d'en face. Créez des réseaux, tissez des liens, nous en aurons bientôt besoin. Si nous ne nous aidons pas nous-mêmes, personne ne le fera. Et merci encore.

mercredi 9 mai 2012

C'est l'histoire d'un mec...

Un électeur FN, normalement, c'est une personne âgée assez aisée, qui aimerait interdire le rock, la techno et toutes les musiques de "jeunes", qui vit dans un village paumé à la campagne et qui n'a jamais vu un Arabe de sa vie, une personne xénophobe pleine de préjugés qui regarde trop TF1. Ou bien c'est un pauvre gars inculte faisant partie de la frange la moins éduquée de la population, qui ne comprend pas le monde dans lequel il vit.

J'ai la vingtaine et quelques années, je vis avec à peine 500 euros par mois, j'écoute du métal et de l'électro en passant par du rap, j'ai passé tout mon secondaire dans une ZEP et j'ai habité dans une banlieue encore après mon bac, j'ai été élevé dans une gauche Canal plus et chez nous le bouton 1 de la télécommande est resté à l'état neuf. J'ai toujours eu d'excellentes notes au cours de ma scolarité, avec notamment un 20 sur 20 en histoire/géo pour mon bac blanc, et je suis des études supérieures en étant à quelques semaines d'un master avec mention Bien.

Moi, raciste ? Il y a une quinzaine d'années encore lorsque j'allais à un repas avec mes parents, et que j'entendais des convives dire qu'ils n'aimaient pas les Arabes et qu'ils votaient Le Pen, je sortais discrètement de la pièce pour aller dehors cracher sur leur bagnole. Moi, raciste ? Mes potes au collège s'appelaient Abdelkader et Saïd et je vomissais avec eux les "fachos". Moi, raciste ? Au lycée j'ai signalé à la direction, qui m'emmerdait pour des broutilles, que des élèves néonazis se pointaient avec "Mein Kampf" au bahut.

Moi, je ne suis pas dans le "champ républicain" ? Je vous emmerde, la gauche. Je vous ai appartenu corps et âme assez longtemps pour avoir le droit de le dire, haut et fort. Je n'ai aucune leçon à recevoir de vous. Entre les deux tours de 2002 j'avais 15 ans et j'ai défilé contre Jean-Marie Le Pen. Qu'est-ce qui selon vous m'a rapproché de lui un peu plus tard ? Les paroles de "division" de Nicolas Sarkozy ? Il n'existait pas à l'époque. C'est la réalité qui m'a fait voter FN quand tout dans mon éducation, mes valeurs, mes préjugés me destinait au contraire. Ce qui crée la "division" dans ce pays ce ne sont pas les paroles des politiques, ces dernières ne sont que le reflet des aspirations qui viennent de la base, ce qui crée la "division" c'est la présence de plusieurs peuples distincts sur un même territoire, à force d'immigration massive sur des dizaines d'années, démarche irresponsable dans le meilleur des cas, diabolique dans le pire des cas. Sarkozy n'a fait que récupérer la colère qui couvait, il ne l'a en rien créée. 

Le mot "racailles" Nicolas Sarkozy ne l'a pas inventé, il l'a repris de la bouche de cette dame qui lui parlait à la fenêtre, parce qu'elle vit là-bas, elle. Ça vient d'en bas, c'est clair, la gauche ? C'est un "jeune" qui vous parle, vous aimez tellement ce mot, un jeune qui constate que la "division" c'est vous qui l'avez provoquée, encouragée, en important ici des populations qui nous étaient hostiles, par souvenir de la guerre d'Algérie, en les rendant encore plus hostiles avec le mouvement "antiraciste", avec votre "marche des beurs", en les appelant à revendiquer leurs origines tout en nous contraignant à avoir honte des nôtres, en apprenant à tous que tout ce qui était "de souche" était nazi, colon, ignoble à tout point de vue, en nous effaçant littéralement de votre "diversité", vous avez créé ce racisme dont vous ne parlez jamais, pourtant largement majoritaire dans les faits : le racisme de ceux qui nous appellent "les faces de craies".

Moi, raciste ? Je vous emmerde, tellement profondément, vous ne pouvez même pas l'imaginer. Votre "multiculturalisme" je l'ai pris en pleine gueule. Vous m'avez fait croire qu'ils étaient français, ceux-là même qui m'insultaient de "sale Français" quand c'était pas "sale Blanc". Plus jeune je recevais des stylos blancos au visage, et les insultes qui allaient avec. Je ne comprenais même pas ce que ça voulait dire. Je continuais à me prendre la tête avec des potes qui connaissaient le terrain encore mieux que moi et qui me disaient "Ils nous emmerdent les Arabes", je leur répondais "Attendez on les a colonisés quand-même ! C'est normal !". Je me souviens de cette petite blonde aux yeux bleus, en 4ème, qui vivait dans la cité entourant notre collège. Je l'aimais bien et elle aussi, mais un jour elle m'avait avoué, les larmes aux yeux, qu'elle ne pourrait pas sortir avec moi, que ça serait trop mal vu ici d'être avec un Blanc. Trop risqué pour elle.

Plus tard j'ai vécu dans un de ces quartiers, dans une autre ville. Je n'avais pas encore de voiture ni de permis, trop cher pour moi, alors je devais rentrer chez moi en bus le soir, sur cette ligne hautement fréquentée par les racailles. Une nuit je rentrais avec ma petite amie et un pote, nous nous sommes faits encercler dans ce bus, ils étaient une bonne quinzaine, ils ont commencé à toucher les cheveux de ma copine en rigolant, elle bouillonnait autant que moi, mais que faire, ils étaient trop nombreux, comme toujours. Elle s'est retournée et a bougé leurs mains violemment, "hey mais tiens ta femme toi" m'a dit un des gars, le ton est monté d'un cran et ils se rapprochaient, le chauffeur voyait mais n'a rien fait, on a réussi à descendre à l'arrêt suivant, sous les insultes, forcément. Quand les portes se refermaient j'ai dit "Vous étonnez pas après qu'on vote Sarkozy !", avant que mon pote n'ajoute "Ou pire.", et je me souviens lui avoir dit "Oh arrête, faut pas exagérer non plus...". "Faut pas exagérer", putain, même après ça je ne voulais pas "exagérer".

Ma copine ne disait rien mais pleurait de colère. Quelques mois après, cette fois je n'étais pas avec elle, elle s'était fait arracher son Ipod à un arrêt de bus. Et deux ou trois jours plus tard, alors qu'on était en ville, on a croisé le voleur avec des potes à lui, une dizaine, ils sont passés devant nous et ma copine m'a dit "C'est lui" en le fixant d'un regard noir malgré ses yeux bleus. Et lui a dit à ses potes "Wesh les cousins c'est elle !" en pointant du doigt ma copine, et en riant. Ils sont passés devant nous en prenant soin de bien ralentir pour nous montrer comme ils étaient fiers de leur impunité, de notre impuissance. Encore une fois, que faire, à un contre dix, et avec sa copine. Elle était déjà allée voir les flics avant, qui avaient "noté" sa plainte, bien sûr. Elle a encore pleuré des larmes de rage, en disant entre deux sanglots "Mais bon Dieu c'est pas possible que ça existe ça, pourquoi ça existe", alors que je la prenais dans mes bras.

Je vous emmerde, la gauche. Grâce à vous j'ai dû passer ma jeunesse à accepter les agressions au faciès, à admettre les humiliations quotidiennes, à subir des situations qui font penser à certains récits de braves gens pendant l'occupation. Devoir gérer les rues que l'on va emprunter pour éviter leurs bandes, établir des diversions, être sur le qui-vive à chaque instant, se priver de sortir parfois, élaborer des parcours dans l'espoir de rentrer vivants, baisser les yeux et fermer la bouche, est-ce que ça parle à l'un d'entre vous ? Et encore, je ne parle ici que des agressions, des risques physiques, pas de tout le reste, du moins évident, de cette époque où il n'y a plus de place pour moi, pour nous. 

Moi, raciste ? Je vous emmerde de tout mon être. Je n'ai jamais eu de peurs irrationnelles, j'ai tout pesé et jugé sur le terrain. Je n'ai pas de préjugés, je n'ai que des post-jugés. Tout votre vocabulaire est à foutre aux ordures, toute votre artillerie lourde et votre chantage permanent n'ont plus aucun effet sur moi, comme sur des millions d'autres, c'est de la pluie sur un imperméable. Tout ce qui me définit aujourd'hui c'est la réalité qui me l'a appris. Je ne suis pas le fils d'Hitler mais celui des jeunesses antiracistes. Je suis le fils de votre matrice. Je suis le fruit de l'éducation nationale et de la FCPE, des cours d'éducation civique qui finissaient tard le soir, quand il faisait déjà nuit et qu'on n'était plus que 4 dans la classe car c'était ramadan. Je suis Libé et le Canard Enchaîné. Je suis de Caunes et Garcia, Nulle Part Ailleurs, Siné et le professeur Choron, Polac et Ardisson, CNN International et Jules-Édouard Moustic. Je suis une rédaction du brevet des collèges dans laquelle j'incendiais l'Etat autoritaire français qui selon moi avait tué Coluche. Je suis l'enfant de Desproges et Nina Hagen, de Robespierre et Ras l'Front. Je suis le rejeton de la culture. Je suis les Sex Pistols et The Clash, je suis Alliance Ethnik et NTM, j'ai appris à marcher dans le salon près de statuettes africaines, mon univers est coloré, je suis le mélange, fruit d'un Breton et d'une Italienne, je suis le hip hop celtique à la con de Manau. Je suis tout sauf la Tradition moisie, je suis le résultat des nouvelles technologies et de Katsumi, je suis aussi l'art et je joue de la guitare depuis mes cinq printemps, je suis le zapping, Karl Zero et les Guignols de l'Info, Jack Lang et Mitterrand. 

Vous m'avez fait, puis abandonné, je suis votre propre créature qui vous a échappé. Je suis l'archétype du garçon vif et intelligent, hostile d'instinct aux réactionnaires, je suis à mille lieues des conservateurs de tout bord et c'est précisément pour ça que je suis à mille lieues de vous, de vos slogans éculés et de vos poncifs périmés. Et je ne suis pas seul, il y a une autre jeunesse en France que vous ne voulez pas voir, qui ne vous intéresse pas, une jeunesse que vous n'excusez jamais, que vous n'écoutez jamais, que vous méprisez toujours, une jeunesse pleine d'énergie et de talent, d'envie et d'amour, une jeunesse qui ne brûle rien sinon de désir de changement, de vrai changement, elle est là dans la rue et dans les concerts, elle n'est pas honteuse elle veut simplement vivre, et vous ne la ferez plus taire avec vos mensonges et votre haine. Je suis le seul palestinien colonisé dont vous vous foutez. Je suis le seul type de Français qui n'a pas droit à votre "tolérance". Je suis celui qui fait s'effondrer toute votre propagande, vos réflexes usagés, comme le World Trade Center ou l'immeuble à la fin de Fight Club. C'est votre monde qui m'a fait, qui m'a conçu, je suis immunisé contre la culpabilité, vos anathèmes ne marchent plus. Je ne suis que la dernière conséquence de votre racisme contre tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un Européen. Je suis une erreur dans votre système, je suis votre électeur FN. 

samedi 24 mars 2012

Mohamed

Tout à l'heure j'ai vu Mohamed Merah. Il était dans sa voiture, du mauvais rap dans les enceintes, à l'arrêt devant un feu vert, discutant avec un de ses potes, qui n'était autre que Mohamed Merah. Plus tard dans la journée, j'ai croisé deux autres Mohamed Merah, marchant sur une place pavée de cette manière si particulière laissant croire qu'ils ont une jambe plus courte que l'autre, se déplaçant très lentement, ils fixaient les clients sur les terrasses, ils s'approchaient, comme s'ils attendaient un "regard de travers", une excuse.

En buvant mon verre - assis au soleil - je les observais, et je repensais à un autre Mohamed Merah, un que j'ai connu il y a longtemps, en sixième. Il s'appelait Kader celui-ci. Un gamin issu de la banlieue qui enveloppait notre collège, un petit bonhomme avec qui je riais beaucoup, gentil comme pas deux, une "crème" comme on dit. Une fois il m'a dit "Hitler ? J'le déteste c'était un facho ! Sauf pour les Juifs, là j'lui dis trop merci pour ce qu'il a fait Wallah !", au début j'ai pensé qu'il plaisantait, évidemment. Mes oreilles n'étaient pas préparées à ça, on m'avait pas prévenu, c'était pas prévu dans le scénario. Depuis j'ai fait de la route.

"C'était un garçon plein de vie, souriant, poli, on ne comprend pas ce qui s'est passé", qu'ils disent, à la télé. Comme si - en voyant les images de ce type en train de faire crisser les pneus d'une bagnole qui vaut quelques dizaines de SMIC - on ne comprenait pas de qui il s'agissait. Comme si c'était le genre de types à qui on confierait un de nos gosses ou même 10 euros. Comme si ce sourire-là nous disait du bien sur son propriétaire. Quand j'ai vu sa gueule hilare dans tous les JTs j'ai eu l'impression de le connaître, de le reconnaître, tellement je l'ai croisé dans ma vie. C'est évidemment lui qui reste au milieu de la route et bloque la circulation, et c'est encore lui qui rôde avec ses potes autour des cafés en ville. C'est avec lui que je rigolais de bon cœur quand j'avais l'excuse d'avoir 11 ans. C'est lui dont tout homme doté d'un minimum de bon sens s'éloigne avec sagesse, c'est avec lui que chaque jour on s'applique à garder une distance de sécurité - non par couardise mais par intelligence élémentaire - parce que l'on sait que lui contrairement à nous n'a rien à perdre, qu'il a la rage et qu'il n'hésitera pas à la déchaîner contre une femme, un enfant, un handicapé, qu'on a déjà vu ça plus d'une fois. Alors on évite le conflit pour nos gosses, pour notre copine, pour notre vie, avec une extrême prudence totalement légitime.

Le sourire de Merah c'est celui de la Fouine, dont j'ai déjà parlé. Leur légèreté n'est qu'apparente, ce qu'ils traînent avec eux c'est une boule de haine à notre encontre - une tumeur de gaz en combustion grossissant comme le Soleil - qui ne demande qu'à exploser. Ils ne basculent pas dans l'envie de meurtre comme ça d'un coup sans qu'on sache pourquoi, comme on vous le dira dans les médias, ils y baignent en permanence. En 3 secondes on peut passer du taxage de clopes au tabassage en règle. Nous savons cela, nous le savons d'instinct. Les Mohamed Merah ne "cherchent pas la baston" comme une vulgaire bande de beaufs avinés en fin de soirée, à l'ancienne, non, eux sont souvent sobres et alertes, et s'ils cherchent le conflit ce n'est pas juste pour "se bagarrer" entre bonhommes et se tenir par le col pour faire mouiller les gonzesses, c'est pour nous finir à la lame, pour nous éclater le crâne à dix contre un ou à l'aide d'une bagnole, c'est pour nous détruire. C'est tout sauf de la "délinquance".

"Un garçon exemplaire, rien ne laissait présager que...", mon cul. Les rues sont pleines de Mohamed Merah potentiels qui aident les vieilles dames à porter leurs courses. Il faudra un jour arrêter de se raconter des histoires, faire semblant de ne pas voir, et le plus tôt sera le mieux. "Tu exagères, il faut être vraiment être cinglé pour faire ce qu'il a fait...", je les vois déjà arriver avec leur "Faut pas généraliser", cette phrase qui est toujours la signature des connards. Bien sûr qu'il faut généraliser, c'est l'essence même de toute pensée que de regarder le réel et d'en tirer des grandes lignes de lecture sans s'arrêter au stérile "ça dépend des gens". Nietzsche écrivait "la folie est quelque chose de rare chez l'individu ; elle est la règle pour les groupes, les partis, les peuples", et ça tombe bien car Merah n'était pas un individu mais précisément un groupe, un parti, un peuple. Ce qu'ils sont, viscéralement, chacun d'entre eux, c'est leur communauté, leur "race". Et c'est bien pour cela qu'ils nous disent si volontiers de "niquer" la nôtre.

On ne le dira jamais assez : ce qui fait que chaque Mohamed Merah ne tue pas chaque jour est circonstanciel, pas structurel. C'est un détail. Ils ne le font pas, parce que les gens désertent leurs quartiers, ou baissent les yeux, ou se cachent, bref, rien de fondamental ne les en empêche, et à la première occasion ils peuvent vous mettre une balle au milieu du front, s'ils se sentent d'humeur. C'est ça, la banalité du mal. Je le répète donc, parce qu'il le faut : des Mohamed Merah il y en a partout. Non, il ne s'agit pas d'une minorité, et même s'ils l'étaient ils sont aidés et soutenus par une majorité des leurs, un entourage qui les approuve toujours sur le fond, à commencer par leurs propres parents. Le geste de Merah n'est pas un acte isolé, il n'est que la partie visible de l'iceberg. Nous le savons tous, nous les croisons à l'arrière des bus, dans les cages d'escalier, dans les parcs l'été. Nous connaissons tous le profil de ces meurtriers en puissance, et même si nous avons parfois du mal à le définir, comme j'essaie de le faire, comme d'autres essaient avec moi, nous savons.

Nous savons que Mohamed Merah est le dernier produit de la période antiraciste que nous vivons, qu'il est un mélange hasardeux entre une racaille sous-gangsta-rap de parking d'HLM - "Wesh couzin mate ma caiss le brui kel sor C du lour !" - et un islamiste radical - le garçon étant un habitué des centres d'entraînement pour talibans, le tout emballé pendant des années dans un joli costume de "gentil garçon plein d'énergie et plein d'avenir" par ceux qui s'obstinent pourtant à chercher des SS dans nos rangs. Non seulement Merah est une conséquence ultime de tout ce contre quoi nous combattons, mais mieux que ça il en est une synthèse presque parfaite, ce qui démontre une bonne fois pour toutes le bien fondé de notre sentiment à tous même lorsque celui-ci était parfois confus. Avant de le savoir nous avions raison, le cerveau a toujours un temps de retard sur l'instinct de conservation. Oui on peut passer de la tournante à la prière et de la cave à la mosquée, même si ça donnera un mal de crâne terrible à Alain Soral, brillant sociologue français pour qui l'islamo-racaille ne peut pas exister, et qui pour le coup avoue logiquement ne pas parvenir à cerner le personnage

Pourtant il arrive à point nommé, ce personnage, à un moment de la pièce où l'intrigue se dévoile, où les masques tombent les uns après les autres. Il est l'élément déclencheur. Voyez cette prof qui a demandé une minute de silence à ses lycéens en hommage à Mohamed Merah, arguant qu'il avait eu une enfance difficile et que son lien avec Al-Qaïda n'était que pure invention de "Sarko". Essayez juste une minute de concevoir le mécanisme qui dans la tête de cette prof a provoqué cette décision, ses motivations profondes. Demandez-vous si ce genre de personnes vote Mélenchon ou bien lit Brasillach. Maintenant, imaginez ne serait-ce qu'une seconde la teneur des cours d'une telle enseignante depuis des années. Supposez enfin que sans aller jusqu'à exiger une minute de silence pour un mec qui exécute des gosses à bout portant, d'autres profs - appelons-les les "profs modérés" - n'en pensent pas moins. Alors, contemplez l'étendue des dégâts. Les gens ont toujours choisi leur camp, comme je l'avais écrit à travers l'exemple d'une certaine Daria Marx, mais le fait est qu'ils prennent de moins en moins de gants. Et c'est très bien, que l'on voie qui est où.

Les lignes de démarcation se précisent jour après jour, la guerre devient assumée de part et d'autre, de la panique des politiques de gauche comme de droite jusqu'aux pages facebook en mémoire du terroriste cliquées des milliers de fois et effacées précipitamment, de son frère et de sa famille qui se disent fiers de lui jusqu'aux profs qui lâchent enfin le morceau, en passant par son avocat, celui qui prétend ne rien avoir vu venir et qui accessoirement s'était déjà présenté à des élections sous l'étiquette "Elan citoyen contre les discriminations", c'est presque trop beau pour être vrai -, et Gérard Longuet qui avoue que tout ceci est arrivé parce qu'on s'est obstiné à chercher un nazi imaginaire... tout s'éclaircit, alors je n'ai peut-être pas encore vu grand-chose dans ma courte existence mais tout ça ressemble à s'y méprendre à un dernier acte.


mardi 28 février 2012

La pilule bleue

Il y a tout, dans cette vidéo.

La fouine chez Ruquier, c'est le rappeur chez grand-mère, le gangsta sympa, de la racaille à la canaille. Faut voir comment il se rassure, ce gros con de Laurent Ruquier, "aujourd'hui on sent bien que vous êtes plus dans la rédemption que dans la délinquance", qu'il dit avec son sourire de rongeur. C'est qu'un grand dadet inoffensif cet "artiste", finalement, on a presque envie de lui pincer la joue à ce vilain garnement ! "Vous êtes le Renaud de votre génération, ni plus ni moins !", et la fouine - ce nom, putain - de répondre avec ce sourire de faux cul et ce regard de renard dans un poulailler, "Ouais voilà c'est des clichés tu 'ois, le rap ça fait peur mais on est juste des gamins on s'amuse !", tout en sachant qu'il est en train de nous enculer profondément.

Ruquier aime ça, en même temps, se faire enculer. Mais il ne se doute pas que ce sera sans vaseline, avec la fouine. Il ne comprend pas qu'il n'en a rien à battre, de la bienveillance du présentateur de France 2, la fouine. Et que s'il ne lui saute pas à la gorge avec ses potes en l'insultant de sale pédé, c'est uniquement parce qu'il est sur un plateau télé. Il n'a aucune idée de ce qu'est une cité, Ruquier. À Eric Zemmour qui un jour parlait des racailles qui traînent dans les blocs d'immeuble en crachant et en agressant les locataires, je me souviens l'avoir vu répondre "Non mais, franchement, ça existe vraiment ça ?"...

Le terme "bobos" ne suffit plus pour qualifier ces gens, c'est vraiment un monde parallèle, un monde de drogués qui ne veulent surtout pas redescendre de leur trip. Je les regarde se shooter les uns les autres avec leurs poncifs à la con, comme des junkies fuyant la dure réalité de la vie, on les voit presque se passer la seringue... On veut retirer son costume de loup au rappeur, on veut voir un agneau en-dessous, on veut absolument se rassurer. "Allez la fouine, derrière tes insultes et le reste, t'es comme nous hein ?! S'il te plait !!!", on aime la diversité mais pas trop, n'est-ce pas, en vérité on a une trouille bleue de la différence, la vraie différence.

Alors on continue dans la bonne humeur, "la fouine représente la jeunesse de ce pays", ben oui bien sûr, pourquoi pas, et quand on parle de "fantasmes" sur l'immigration et bien là on y est aussi, on fantasme tout haut sur l'immigré qu'on aimerait bien voir, loin du quotidien des rues, bien à l'abri dans un studio coupé du monde, avec vigiles et portes blindées, on ne se coupe la parole que pour dire "Mais tout à fait, d'ailleurs moi-même j'ai connu...", on prend plaisir à se repaître de préjugés dégoulinants, c'est obscène ce spectacle, on entend presque les petits gémissements de plaisirs et d'autosatisfaction... c'est l'heure de l'orgie républicaine.

Le point culminant c'est le moment où Maurice Szafran s'extasie sur les paroles du rappeur d'origine africaine, "la qualité de la langue, on voit très bien un français extrêmement châtié !", comme pour qu'on se rende compte qu'il n'y a rien de pire que cette idéologie des belles lettres, de l'appartenance à un peuple par les mots, de l'utopie de l'école égalitaire, de réduire l'identité à l'imparfait du subjonctif... un français "châtié" oui, c'est le mot, c'est un châtiment du Français en direct sur le service public cette émission... la langue c'est merveilleux, Flaubert et Abd al Malik même combat ! Tous unis dans la francophonie ! Abd al Malik étant le symbole ultime de cet exemple d'intégration "réussie" exhibé par les fanatiques du dictionnaire, rappeur que l'on ose comparer à Brel, Brel qui avait pourtant prévenu ! (à la minute trente en gros)
Les notions sont géographiques et ne sont pas des notions de langage. Alors "prouvez tout ça" je peux pas prouver tout ça. Mais si je demande demain à un Flamand de me prouver qu'il est flamand il peut pas me le prouver : à quoi on reconnait un Flamand ? Un homme qui parle le flamand ? Ça n'est pas une preuve, un Mongole peut admirablement parler le flamand, ça veut rien dire tout ça... c'est pas courant ? Et c'est souhaitable ! Parce que si tous les Mongoles parlaient le flamand, la Flandre serait petite !
Bien à toi Jacques...

Personne ne veut de véritable diversité, ou alors un peu, un aperçu, juste un best of, une version censurée, tout public, dans laquelle les scènes violentes ont été coupées pour ménager la sensibilité des plus protégés... un truc sans matière grasse, sans risque pour la santé. On veut voir des lions, parce que c'est exotique, mais des lions en peluche sinon c'est trop dangereux. On veut de l'épicé sans se brûler. On veut du frisson sous cellophane, on veut du monstre gentil comme sur l'île aux enfants, on veut danser avec les singes comme dans le livre de la jungle. On veut du dessin animé. Aucune véritable confrontation de points de vue divers ici, non, au contraire la même idée comme matrice commune : la certitude que tout être a un bon fond, que les barrières ne sont que folkloriques, qu'elles n'existent que pour divertir, la diversité comme divertissement, c'est la ferme célébrités à tous les étages, Fromageplus disait "L'homme est un touriste pour l'homme", c'est ça...

On veut des Noirs et des Arabes partout mais pas de burkas ni de racailles, on veut du lettré et du rigolo, on veut une vérité qui nous plait, on va voir Intouchables par millions et on césarise Omar Sy, parce qu'on a besoin de chaleur... Partout cette urgence de l'inoffensif pour un pays qui ne peut plus se regarder en face, qui n'a pas le courage d'affronter le visage du monde d'aujourd'hui, et qui se renferme alors sur lui-même en s'empoissonnant sciemment, pour adoucir sa vue dans l'anesthésie, pour crever en douceur... La France n'est pas un pays d'ivrognes communistes, comme on pourrait pourtant le croire, mais un pays de bourgeois sous antidépresseurs. Parfois j'ai l'impression que Dieu nous envoie des signaux. 

Il y a tout, dans cette vidéo.

dimanche 26 février 2012

Parcours de santé

Certains nous racontent que la vie en banlieue, finalement, c'est pas si terrible que ça. Chiffres à l'appui, ils nous démontrent que les agressions en tout genre sont en réalité plutôt exceptionnelles. La violence y existe mais elle se fait rare, il ne faut donc pas fantasmer. Pas exagérer. Ces gens ont parfaitement raison.

Hier je suis allé courir avec un ami sur un parcours de santé situé au nord de la ville. Nous nous y sommes rendus en voiture. Pour y accéder depuis chez moi sans avoir à faire un gros détour, il faut traverser un quartier dit sensible.

Nous y voici donc. Je suis passager, mon ami conduit. Il connait mieux ce quartier que moi, il a grandi dans ce coin. Il me conseille de fermer mon carreau et de baisser la musique. Soit. Je le fais tout en observant ce qui nous entoure.

Des bandes de jeunes réunis devant les blocs d'immeuble avec dans les mains des joints et des téléphones portables dernier cri, transformant ainsi l'accès des habitants aux appartements en un nuage de fumée et de rap grésillant. Des gens regagnent leur domicile en fixant le sol, visiblement pour de bonnes raisons. Une vieille dame voilée rentre aussi chez elle. En revanche elle n'a pas l'air de s'inquiéter ni d'être inquiétée. Tout va bien pour elle.

Devant nous des lycéens sortent de leur établissement pour rejoindre le bus qui les ramènera au centre-ville. Personne ne semble à l'aise, tout le monde reste groupé devant le portail, comme un troupeau de moutons craignant une meute de loups en s'en remettant entièrement à ce berger de chauffeur de bus qui n'a pas non plus l'air de vouloir rester ici très longtemps. Et le bus s'en va en essayant de ne pas écraser d'autres "jeunes" qui s'amusent à marcher au milieu de la route et qui eux ont l'air de ne jamais avoir mis les pieds dans un lycée.

Mon ami freine brutalement, un "jeune" vient de s'arrêter en plein milieu de la chaussée avec son scooter. Il n'a pas de casque et bloque le passage. Il ramasse quelque chose à terre, très lentement, en nous regardant fixement. Il ne bouge pas et nous oblige à faire un écart pour repartir. Certains lycéens ayant raté le bus attendent le suivant, en prenant soin de ne pas regarder autre chose que le bout de leurs chaussures. Il fait plutôt bon, mais une balade à pied jusqu'en ville ne semble pas tenter grand monde.

Nous arrivons à un rond-point en passant à côté d'un autre "jeune" en scooter qui vient de s'amuser à faire des zigzags sur un zebra et qui a maintenant décidé de prendre le giratoire à contre-sens. Par la gauche donc. Ensuite il se remet dans le bon sens. Puis dans le mauvais à nouveau. Et ainsi de suite.

Nous sortons à peu près de cette ZUP. Après avoir rouvert mon carreau et remis la musique, je réfléchis quelques instants. Je vois des Français qui vivent comme s'ils étaient morts. Un pas de travers et c'est le clash à coup sûr. On baisse la tête et on limite la casse dans une atmosphère qui ressemble à tout sauf à une paix sociale.

Alors oui, ceux qui relativisent ont raison. Objectivement ils ont parfaitement raison. Il n'y en a pas tant que ça, des agressions, dans les chiffres. Tant qu'on baisse les yeux face au réel, littéralement.

/* Je ressors ce vieux texte après lecture d'un article du Monde, titré "L’épouvantail politique des « bandes de jeunes »", dans lequel un sociologue nous explique que la violence de ces bandes est difficilement chiffrable, et donc qu'il faut la relativiser ou bien - lorsqu'on est forcé de la constater - appuyer sur le fait qu'elle naît de la discrimination, de la pauvreté, que tout cela est social... d'ailleurs l'auteur illustre son article avec une photo du film "The Outsiders" de Coppola sorti en 83 et dont l'action se déroule en 66... comme si les bandes dont on parle aujourd'hui ressemblaient à ça... comme si les types qui te font hésiter à sortir le soir avaient la gueule de Tom Cruise, Matt Dillon, Patrick Swayze et Emilio Estevez...

Le sociologue dont toute la discipline est basée sur les chiffres commence par dire qu'ils n'existent pas, ces chiffres - il sera par ailleurs le premier à hurler si l'on propose d'établir des statistiques un peu trop précises - et que comme ils n'existent pas, on peut dire n'importe quoi, occulter l'origine des agresseurs et celle des victimes par exemple, qui pourtant ne varient pas beaucoup, "C’est un pur hasard bien sûr !" comme il l'écrit lui-même au début de son papier... Comme c'est pratique... Faut dire que le sociologue en question s'appelle Marwan Mohammed, c'est pratique aussi... on peut se poser des questions sur la capacité, sur la volonté d'un tel homme à parler de la ségrégation ou du racisme - ces mots magiques - lorsqu'ils se font contre les Blancs... on peut remettre en question l'objectivité des "chercheurs au C.N.R.S." qui s'appellent Mohammed lorsque ce sont ses petits cousins qui sont en cause... et l'on peut très bien imaginer ce qu'il en sera lorsque les profs, les flics, les juges et les députés s'appelleront majoritairement Mohammed... du joli "vivrensemble" en perspective... */


vendredi 27 janvier 2012

Ainsi parlait Fatoumata

Il est 14h10, nous sommes dans une salle de classe. Le prof est en retard, nous discutons en l'attendant :

Fatou - Le problème ici c'est que les cours sont pas dans notre langue maternelle, donc c'est pas juste pour nous c'est plus dur.

Moi - Votre langue ?

Fatou - Oui, le wolof.

Moi - Mais... ici c'est Reims en fait. /* dis-je avec le sourire. */

/* Cela fait rire certains étudiants, pas Fatou. */

Fatou - Oui justement c'est ça le problème, mais ça va changer bientôt.

/* Je choisis de m'arrêter là, ces gens ne méritent pas de connaître mes opinions, de me connaître. Mais je remarque qu'elle a choqué l'audience, certains ne vont pas en rester là */

Julien - N'importe quoi, si t'es pas contente t'as qu'à repartir en Afrique alors, on te force pas à rester.

Fatou - Oh t'inquiète pas on veut rien de vous, on veut rien de la France, on vient juste vous prendre ce qui peut nous servir, t'inquiète pas va...

Julien - La différence c'est que vous vous venez ici parce que vous avez besoin de nous, nous on n'a pas besoin de vous.

Fatou - La France a pillé ses richesses en Afrique et on va venir les reprendre.

/* Elle a le regard brûlant de haine, un regard sublime d'ailleurs. Les Noirs, les Arabes, les Chinois et les Blancs de la classe ne disent plus rien, le blanc est désormais total. Pour détendre l'atmosphère je décide de chambrer Julien qui comprendra le but de mon intervention, il est mon binôme et sait ce que je pense de tout ça */

Moi - Oh Julien toi aussi t'es étranger, t'es comme moi : sale rital !

/* Certains rient, c'est un rire nerveux, lui ne fait que sourire, Fatou l'agace bien trop. Plus que moi, étrangement. C'est peut-être que j'ai l'habitude. Lui est surpris, moi pas. Il ne doit pas connaître Fdesouche */

Moi - D'ailleurs le seul vrai Français ici c'est Seb, regarde Fatou il a les yeux bleus !

/* Seb est un type de gauche mais pas militant, disons gauchiste passif, de sensibilité gauchiste, sympathique malgré cela. Il intervient donc en déconnant */

Seb - Ouais c'est vrai c'est moi le seul Français ! Nan mais Fatou, on a bien essayé de dialoguer au début chez vous, pour vous civiliser, mais y'avait rien à faire alors on a utilisé la force c'est tout c'est normal

/* Il sourit, elle à moitié, en continuant à regarder Julien de travers. Je tente une dernière boutade */

Moi - Tu vois que c'est bien le français, ça nous permet de nous insult... de communiquer !

/* Fatou répondra en regardant Julien qui est deux rangs devant elle, il ne se retournera pas et continuera à jouer à Super Meat Boy, pour se défouler */

Fatou - On est ici et on va se venger, la langue française va disparaître et vous avec, tu verras que ça va changer, tu verras.

***

Nadjela - une autre très jolie Africaine de ma classe, Camerounaise pour être précis - me dira peu après qu'elle a trouvé Fatou la Sénégalaise trop violente mais qu'elle est d'accord avec elle sur le fond. Julien m'avouera qu'il ne savait pas trop pour qui voter à la présidentielle, jusqu'à aujourd'hui. Seb lui ne dira rien mais j'ai vu à son visage qu'il n'en revenait pas, tout de gauche qu'il soit. Il a vu ce jour-là que le discours anti-français - qui dans sa bouche n'est que celui d'un enfant gâté élevé aux Guignols de l'info, une subversion autorisée, un folklore inoffensif - pouvait relever de la véritable haine chez les enfants d'autres continents. Qu'il le veuille ou non, Seb s'appelle Sébastien Perrin, et il est dans le viseur de Fatou tout comme nous, être anti-FN ne le protégera pas. "Vous, les Blancs". Ainsi parlait Fatoumata.

Fatou est une très jolie fille, grande, fine, avec des formes aux bons endroits et des yeux parmi les plus beaux qu'il m'ait été donné de voir. Je l'ai toujours trouvée très agréable, et pas que physiquement. Gentille, rieuse, maline même. Moi et d'autres lui avons souvent expliqué des choses dans plusieurs matières, lorsqu'elle se retrouvait bloquée quelque part et qu'elle demandait de l'aide. Et aujourd'hui elle s'est laissée emporter et chacun a pu voir la nature de la flamme qui danse dans ses grands yeux. Elle nous écrasera à la première occasion. Julien m'avait prévenu qu'elle avait un fort caractère, il l'avait déjà vue s'énerver après un de ses collègues qui avait mal fait son boulot, il m'avait dit qu'elle avait l'air d'être une "dominatrice". Je crois que tout est là.

Lorsqu'elle parle football entre deux cours ce n'est que pour parler de la CAN, et plus précisément de l'équipe du Sénégal. Lorsqu'elle s'adresse aux autres Africains de la classe, qu'ils soient noirs ou maghrébins, elle dit toujours "Chez nous..." en parlant de là-bas, au Sud. Si j'avais voulu tenter quelque chose avec cette charmante fille, elle m'aurait certainement envoyé promener : son copain est noir, et ce n'est évidemment pas un hasard. Toute expression de Fatou est une référence volontaire à ses origines, elle le fait de manière ostentatoire parce qu'elle sait qu'on la laissera faire, et elle a bien raison. Elle sait très bien que les gauchistes blancs - qu'elle méprise entre tous - qui vomissent sur Marine Le Pen au nom de la tolérance fermeront leur gueule face à une Noire même si elle parle comme une Black Panther.

Soit parce qu'ils n'ont strictement rien d'antiraciste et qu'ils désirent, en vérité, la même chose que Fatou ; c'est évidemment plus simple de dire à un électeur frontiste "Je suis pour le mélange parce que je suis tolérant" que de dire "Je suis pour le mélange parce que mon fantasme inavouable c'est que tu voies ta fille et ta femme se faire violer par toute la Seine Saint-Denis". Soit parce qu'ils sont réellement antiracistes, à la base, c'est-à-dire qu'ils pensent que le mélange entre les peuples est possible, souhaitable, et que le seul obstacle à cela c'est le beauf raciste blanc. On leur a toujours appris que l'Afrique c'était les gentils et ils restent sans voix - et sans couilles - face au réel. Un réel qui ne les fera pas changer d'avis, bien entendu ; comme c'est pratique, encore une fois, de se cacher derrière des envolées humanistes. Comme c'est simple de dire "Je suis pour la mixité sociale parce que je suis tolérant et ouvert à l'Autre" plutôt que "Je suis pour la mixité sociale parce que comme ça je risque rien et que c'est quand-même bien pour choper des meufs". Une Française qui en 40 larguait un Juif pour un Allemand, le faisait-elle par amour ou suivait-elle juste le vent de l'histoire ? Quand la tolérance a le même visage que la lâcheté, il est difficile de faire la différence.

Cette anecdote renvoie aux oubliettes tout ce que vous apprend votre télévision et devrait vous inciter à vous débarrasser de cet objet maléfique au plus vite. La fracture à laquelle nous faisons face n'a rien de social, elle est raciale. Fatou n'est ni pauvre, ni illettrée : tout comme sa garde-robe son français est de très bonne qualité. Elle n'est pas comme ces jeunes dont on dit qu'ils sont "en difficulté" et "sans repères" - même s'ils sont tout sauf en difficulté et qu'ils en ont des repères, et des solides -, pas besoin d'être un dealer repoussant ou un rappeur anti-Sarko primaire, crachant sur le drapeau toutes les cinq minutes, pour haïr ce pays dans ses tripes. L'anti-France peut être parfaitement jolie, "intégrée" et même chanter la Marseillaise, tant qu'elle reste confiante sur les fondamentaux, sûre de l'essentiel, à savoir le grand remplacement.

Je repense à tous ces collabos qui nous racontent à longueur de journées que parler d'invasion relève de la paranoïa voire de la folie - n'est-ce pas Breivik ? -, que les Africains sont ici parce qu'on est allé les chercher - qui ça "on" ? -, et qu'en tant qu'individus ils n'ont aucune volonté de coloniser qui que ce soit ou quoi que ce soit. Et pourtant il ne faut pas gratter le vernis longtemps pour découvrir que derrière toute aspiration à l'égalité, il y a en vérité un désir de dominer.

Fatou c'est une étudiante qui bientôt décrochera un diplôme d'ingénieur. C'est une fille que je connais depuis plusieurs mois et avec qui j'ai toujours eu de bons rapports. Et pourtant elle se réveille et s'endort avec le désir de soumettre la France, de l'envahir, et la conscience qu'elle est en train d'y arriver. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est elle. C'est ça le "réel", loin des clichés et des préjugés. Nulle animosité ni misère sociale dans la vie de cette demoiselle, simplement une volonté de conquête, d'asseoir sa domination. Je la comprends et la respecte. Son combat n'est évidemment pas le mien et elle se trouve être une ennemie de fait, mais je me sens bien plus proche de cette fille dans ma nature que d'un gauchiste français de souche, même si nous avons les mêmes ancêtres.

Fatou est peut-être prisonnière du ressentiment, mais elle est vivante, c'est une guerrière qui donnera naissance à des guerriers. Elle est infiniment plus respectable qu'une Française de souche contemporaine, c'est-à-dire la plupart du temps une pétasse abreuvée de sitcoms dont le niveau de conscience dépasse rarement celui d'une volaille fermière, une fille qui adore Bref, qui glousse chaque soir devant le Grand Journal et qui tweet qu'elle aime la bite - hi hi ! - ce qui ne l'empêche pas de participer activement à la castration définitive de l'homme blanc, hurlant au sexisme et au fascisme dès qu'elle croise un vrai mâle de la même couleur qu'elle. Et demain les enfants de Fatou, à qui on aura appris que le Blanc c'est le Mal, balayeront les enfants de Caroline, à qui on aura appris que le racisme c'est le Mal.

La race juive est "sûre d'elle et dominatrice", disait De Gaulle, ce célèbre nazi. Ce sont exactement les mêmes mots qui me viennent à l'esprit quand je regarde Fatou. L'Occidental lui - et le Français en particulier - s'interdit tout instinct viril. Faut dire qu'on l'y a aidé aussi. Aujourd'hui on écarte les jambes et on attend. Je ne dois pas être très français, au fond. L'avenir pour les quelques derniers Européens se fera ailleurs, dans des frontières que nul ne peut encore définir, mais sans aucun doute loin de cette vieille nation femelle sur laquelle passe toute la racaille du globe, chacun son tour, comme dans une cave. Jeanne d'Arc entre Bernard-Henri Lévy et Yannick Noah, la pucelle prise en tournante. Les peuples mâles prennent les peuples femelles, c'est l'histoire de la vie et cette fois-ci c'est pour de bon car les Africains - contrairement aux Juifs - sont très nombreux. Tout est prêt. Comme le dirait François Hollande :

"Le changement c'est maintenant".


samedi 17 décembre 2011

Le métis est l'aryen du 21ème siècle

// écrit il y a plus de trois ans, à peine modifié

"Enfin un Noir président !", "Obama ? J'suis heureux qu'il soit élu parce qu'il est noir", "Barack Obama est plus apte que les autres car il porte dans ses gènes une diversité qui forcément le fait appartenir à tous les continents, et ne peut que le guider vers une politique de paix". Unanimité totale des Noirs, des Blancs, des Jaunes, des journalistes qui commencent tous leur JT par "Obama, premier président noir américain"...

Ils vivent l'extase. Ça y est. Un homme noir est à la tête d'une grande nation occidentale. C'est merveilleux. C'est même le début de la paix dans le monde. C'est unanime : le Nègre est l'avenir de l'Homme. Leur bonheur est total. Obama est peut-être ce qui peut nous arriver de mieux. Son aventure et surtout les réactions qu'elle a produites nous démontrent une bonne fois pour toutes la grande victoire de la race.

Ces occidentaux qui bandent devant l'épiderme mélaniné d'Obama sont des esclaves. En prétendant évacuer la race, ils ont créé la plus racialiste des époques. Ils ont jeté la croix gammée loin, très loin, elle leur est revenue en pleine gueule comme un boomerang. Ils ont mis sur pieds la mécanique d'un suicide blanc. Un monde où le bronzé est la finalité de toutes les finalités. Il est ontologiquement supérieur. Il est ce vers quoi nous devons tous tendre, ce vers quoi l'univers lui-même doit converger. Il est l'ultime idole des nouveaux inquisiteurs.

Ces gens ne sont en rien affranchis de la race, ils sont au contraire obsédés par elle. Ils se réjouissent ici et là de leur propre disparition. Très bruyamment, et très religieusement, ils s'épanouissent dans un monde où la blancheur est un péché. La virulence de mes mots n'a rien à envier aux messes - omniprésentes - des prêtres de l'antiracisme, à leur violence, il suffit de les entendre. De toute façon, les entendre, on n'a pas le choix. Il s'agirait maintenant de les écouter, de comprendre ce qui se passe. Quotidiennement, dans tous les médias et toutes les rues, des élites jusqu'au "peuple" qui s'en plaint, de haut en bas c'est l'éternel réquisitoire, Nuremberg ad vitam aeternam, le grand procès des faces de craies.

Il semblerait que la question raciale soit indépassable. On peut l'habiller de toutes les façons possibles, la maquiller, l'affubler d'ornements divers et variés, user d'artifices en tout genre, la travestir à travers telle ou telle déclaration du citoyen, tel ou tel décret, la masquer derrière telle institution et telle idéologie, sa silhouette revient toujours. D'une manière où d'une autre, ses contours se redessinent au-delà des modes, des partis, des régimes et des morales. Si le fait ethnique peut être surmonté, notre modernité a jusqu'ici prouvé qu'elle n'y parvenait absolument pas et qu'elle en était fière.

Sous Hitler la race blanche était au-dessus de toutes les autres, seule source de la civilisation humaine depuis la nuit des temps. Aujourd'hui c'est la symétrie : quand on ne nie pas jusqu'à son existence, on en fait la seule source des souffrances humaines. Le coupable unique, au passé, au présent, au futur et au détriment de toute justesse historique. C'est l'ère du révisionnisme homologué, de l'eugénisme humaniste.

Les Français ne sont pas les descendants des Gaulois. La France a toujours été une terre de brassage des peuples. Nous sommes tous des fils d'immigrés. L'identité n'a aucun sens parce qu'à la base on vient tous d'Afrique. L'avance technologique ? Aucun mérite, les Blancs ont pillé le Sud tout le monde le sait. Les mathématiques ?  Les Arabes voyons. Le rock ? Ça vient des Noirs, au fond, et eux c'est dans leur peau.

L'antiracisme n'est pas l'absence de racisme, comme l'antisymétrie n'est pas l'absence de symétrie mais une symétrie au signe négatif, le même objet retourné, c'est une autre symétrie, un autre racisme. La plus formidable entreprise raciste de tous les temps est à l'œuvre, l'immigration massive est son outil et elle tient cette antinomie pour devise : Le racisme est une maladie de Blancs. Pour supprimer celui-là, supprimons ceux-ci. Imparable. S'opposer à ce torrent de mensonges c'est s'opposer au Progrès, comme autrefois on s'opposait au régime soviétique et son Internationale. Vous êtes dès lors considéré comme un ennemi des peuples colorés, et comme un obstacle à l'homme nouveau, supérieur, en un mot à l'homme métissé. Si, comme le dit Finkielkraut, l'antiracisme est le communisme du 21ème siècle, le métis en est l'aryen.


La seconde guerre mondiale ne s'est jamais terminée puisque les nazis ont fait le monde à leur image : l'Allemagne a perdu mais la race a gagné. Plus que jamais on frémit pour une question de sang, désormais c'est la doctrine du sang mêlé qui est devenue religion. Et l'Aryen est la cible par excellence, bien trop clair pour être net, trop la gueule du SS, il faut effacer ce mauvais souvenir le plus vite possible avant que la bête immonde ne ressorte ses yeux bleus terrifiants. Un contre tous et tous contre un, le troupeau bouffe le grand méchant loup, qu'on le submerge ! Il faut le noyer, il faut qu'il croule sous le poids : faites céder le barrage ! Et nous voici comme des loups parmi les brebis.

Toute cette histoire n'est finalement que la grande victoire du nombre sur le rare, de la masse sur l'individu, du chaud sur le froid, du sale sur le propre, des larmes sur la pudeur, la fonte des neiges éternelles dans une rivière de boue, à l'usure, dans la bonne humeur et les ricanements crasseux : la grande victoire du Sud sur le Nord. Et la croix gammée est l'étoile jaune que l'on colle sur la veste des derniers Blancs qui refusent d'applaudir. Ce culte compte en Europe des millions de fidèles qui pointeront toujours du doigt les méchants "racistes", en réalité ceux-ci seront précisément les ultimes résistants de notre temps. Les derniers hommes de ce monde, et les premiers du prochain.

dimanche 11 décembre 2011

Elle

Lundi matin. Le réveil sonne à 07h30. J'ai dormi trois heures, je suis mort. Je l'éteins et ferme les yeux un instant. Je les rouvre, il est 08h45. Je devrais être au travail, dans un quart d'heure la banque ouvre.

Je me lève, je ne mange pas ni ne me lave, je m'habille et j'y vais. Je sais que je vais être face à des clients impatients et casse-couilles pendant des heures sans avoir une minute pour aller pisser, entre bouffées de chaleur et vertiges. Je ne supporte pas de dormir peu, ou mal, ou les deux. Cette journée sera longue.

Je pense à elle.

On me dit que je suis à la caisse 3. Celle du milieu. La caisse principale, celle qui fait aussi le change. Celle que je ne voulais pas avoir quoi. Bon, je m'y colle...

Impossible de savoir combien j'ai d'argent dans cette foutue boîte noire en métal, le mec qui bossait là avant moi n'a laissé aucune indication. Ma supérieure arrive. Tant pis t'as pas le temps de recompter, ouvre ta caisse et commence à prendre les clients y'a trop de monde. J'exécute. Bonjour madame, en quoi puis-je vous aider ? ...

Je prends de l'argent, quelques sueurs, j'en donne, la tête qui tourne, je recompte ces 17 billets... à moins qu'il y en ait 18... je sais plus, je recommence. J'ai chaud, j'ai froid, putain l'aiguille de cette horloge n'avance pas.

Chaque lundi je vois la faune humaine défiler. C'est comme une parade. Des familles entières et des gens seuls, des gens aimables et des malpolis, des gens heureux ou détruits par la vie, des jeunes et des vieux, de toutes les couleurs... même si les plus pauvres sont blancs. 90% du temps. La misère certains la vivent. D'autres en parlent beaucoup sans l'avoir jamais aperçue. Moi je la vois, je lui parle, je la touche toutes les semaines.

Il est 10h37, je meurs de faim faute d'avoir eu le temps d'avaler quoi que ce soit ce matin. Une femme arrive avec une poussette. Je lui dis bonjour, elle ne répond pas. Je continue comme si c'était normal, ça arrive tout le temps. Mais en l'occurrence, c'est normal. Je remarque que cette femme est muette.

Elle me demande 130 euros en l'écrivant sur du papier. Elle est déjà à découvert sans en avoir le droit, je ne peux rien lui donner, et je lui dis. Elle prend un stylo et écrit pour pouvoir me répondre. Je lis.

Jai un accor de mon consailler, cé parc que jen ai besoin pour acheter a mangé et des couche pour mon bébé.

Et merde. Mon coeur qui bat, ça me pince dans la poitrine. J'avais pas besoin de ça. Mais non madame. Je peux rien te donner, ça dépend pas de moi tu comprends ? Ce monde a voulu qu'on se retrouve face à face, toi avec ton gosse et tes larmes, moi avec ma nuit atroce et mes centaines de billets dans les mains sans que je puisse t'en donner ne serait-ce qu'un, et je ne sais pas pourquoi. Désolé madame, votre agence est fermée le lundi, je ne peux donc pas joindre votre conseiller pour être certain que vous avez son accord, vous devrez donc repasser demain matin.

Mai comen je fé pour ce soir ? Jen é besoin tou de suite, sil vou plai.

Désolé madame, au revoir.

Un Arabe arrive. Démarche de racaille, pas plus vieux que moi. Il pue le shit à dix kilomètres. Et moi qui suis obligé de lui dire bonjour. Et lui qui ne se sent pas obligé de me répondre. Il se plaint d'avoir attendu trop longtemps et estime que la grosse à la poussette qui était là a vraiment pris son temps. Elle croit que j'ai que ça à foutre ? qu'il gueule.

Je me retiens de lui enfoncer mon crayon dans l'oeil et je lui donne mille euros. Il se barre. Pas trop tôt. Il est presque midi. Bientôt la pause, cette divine pause.

Le dernier client de la matinée se pointe. Je le vois arriver de loin, il marche comme De Niro. Il s'approche, il a la gueule de De Niro. Il ouvre sa bouche, il parle comme De Niro. Lui il vient pas retirer 20 euros... Le voici qui sort des billets de 100, 200 et 500. Il les compte en italien avant de me les donner. Je le regarde et je souris. Je repense à tous ces films que j'ai vus. Coppola, Scorsese, De Palma... ce type est certainement un gangster, son argent est sûrement sale et il a assurément buté plus de mecs que la racaille de tout à l'heure mais je l'aime bien. Il m'est familier. Il fait partie de mon univers.

Je prends son versement, il me parle un peu avec cet accent particulier et ces mimiques à la Taxi Driver, et très sympathiquement il s'en va. Il est midi, je vais enfin manger quelque chose.

Je pense à elle.

J'ai pas beaucoup de temps. Je passe au MacDo qui est près de chez moi. Menu royal de luxe frites coca avec un big mac en plus le tout à emporter s'il vous plait merci au revoir. Que ce monde va vite.

Je mange devant mon ordinateur en modérant les commentaires du blog, je regarde les nouvelles, je digère quelques minutes la tête en arrière, les yeux fermés et Desolation Row dans mes enceintes. Je repense brièvement à cette femme et son bébé, je sens la fatigue et me dis que je pourrais tuer pour ne pas avoir à finir cette journée. Mais l'après-midi commence, pas le temps de souffler et j'y retourne.

13h30. Un monsieur âgé et petit, tout petit, s'approche. Il a une valise à carreaux montée sur roulettes et un gros manteau gris certainement plus vieux que moi. Il retire poliment son béret et me salue en prenant son temps. Les vieux ne viennent pas à la banque pour chercher de l'argent comme ils ne vont pas à la boulangerie pour chercher du pain. Ils y vont pour y aller. Pour le chemin, pour le temps passé, pour les gens croisés, pour les mots échangés. Dans cette course effrénée ils sont une pause, et j'avoue que celle-ci me fait du bien. Il est dur d'oreille, je dois lui répéter mes questions, mais ça ne m'agace même pas. Je lui donne 30 euros. C'est déjà bien assez hein me dit-il en souriant. Bonne route monsieur.

Je pense à elle.

Une vieille dame voilée arrive au guichet. Elle me parle, je ne comprends rien. Je lui demande gentillement de répéter, elle a l'air d'être surprise. Elle ne comprend pas que je ne la comprenne pas. Le français à fort accent algérien, tout le monde devrait comprendre non ? Elle ne m'a pas dit ça, en tout cas je ne crois pas, mais elle le pensait. Je finis par discerner quelques mots successifs... elle veut 600 euros. Pendant que je fais l'opération son mari la rejoint devant moi. Ils parlent en arabe entre eux, je ne comprends toujours rien, mais cela ne semble pas les inquiéter plus que ça.

Plusieurs lycéens viennent chacun leur tour me demander des livres sterling. Voyage scolaire dans l'air. On discute un peu. Ils partent tous pour l'Ecosse. C'est beau l'Ecosse. Faudrait que j'y aille un jour. Tous ces jeunes gens sont bien gentils mais je suis à deux doigts de m'écrouler sur mon bureau. Je veux dormir, là ou ailleurs, n'importe où. Dormir un mois. Au revoir et bon voyage.

Il est 18h00, le rideau de fer tombe enfin, mais il faut encore servir tous les clients qui sont à l'intérieur. Je les expédie, j'ai pas le temps, j'ai un train à prendre pour Paris à 20h15 et je dois encore préparer ma valise, manger, et faire deux trois autres trucs. Je cours d'un endroit à un autre, je repasse au MacDo parce que je n'ai toujours pas le temps, cette bouffe m'écoeure mais je vous l'ai dit : je n'ai pas le temps !

Je pense à elle.

J'arrive enfin à la gare. Je suis sur le quai, j'attends le TGV. Il fait froid, il y a du vent, mais ce plein air est un bonheur après des heures passées le cul vissé sur un fauteuil sous les néons d'une banque à la chaleur climatisée et étouffante. Bon Dieu cette journée se terminera-t-elle ?

Il y a des bancs, je suis exténué mais je reste debout. Le cheval peut dormir debout. Et c'est noble le cheval... On est toujours mieux debout. Je vois le vieil homme de la banque, avec sa valise à roulettes. Il a toujours l'air d'être un peu ailleurs, il cherche son wagon, son visage est inquièt, les autres passagers sont indifférents les uns par rapport aux autres, ils veulent juste aller d'un point A à un point B. Il se résout à faire la même chose. Question de siècle.

Je m'assoie dans la voiture 17, place 31. A côté de moi il y a une Noire qui n'en finit pas de bavarder au téléphone avec un kit mains libres. Je n'ai même plus la force d'être hérissé. Je finis par ne plus l'entendre. J'écoute In Rainbows et je nage dans ce bordel qu'est mon esprit... je me dis que je veux écrire un truc sur cette journée, sans aucune raison particulière. Nude, quelle sublime chanson... Mes nerfs se relâchent, le stress retombe, la tension s'évapore, la fatigue physique et morale reprend le dessus et je m'endors à moitié sur le plateau en plastique du siège de devant que j'ai déplié et qui je crois n'est pas prévu à cet effet.

Il y a des jours comme ça qui en contiennent mille. J'arrive à la gare de l'Est. Les derniers moments sont toujours les plus longs. J'en ai marre, je suis épuisé, je veux que ça s'arrête. Je suis un véritable zombie quand je descends du train.

Elle est là, sur le quai. Elle m'attend. Tout va bien maintenant.

Daria Marx contre Delphine Wespiser

Daria Marx est une femme qui sait écrire. Elle se sert de sa maîtrise de la langue française pour aider ceux qui lui sont moins familiers à remplir leurs papiers administratifs. Bien souvent il s'agit de personnes d'origine nord-africaine qui voudraient bien mais qui ne peuvent pas, et ça Daria Marx nous le raconte très bien. Son récit est touchant mais sobre, émouvant sans être dégoulinant. Parce que Daria Marx n'est pas qu'une femme qui sait écrire. C'est aussi une femme qui sait écrire. Aux pauvres gens qui viennent la voir elle n'offre pas que du subjonctif mais un style. En plus des courriers à la syntaxe parfaite elle leur écrit une histoire. Parce que Daria Marx veut mettre sa plume au service des laissés pour compte, son amour au service des autres. Enfin, pas tous les autres.

En 2009 un jeune homme, Jérémy, s'est fait massacrer par une bande de "jeunes" parce qu'il était fils de flics. Ces agresseurs se sont déchaînés sur lui au point de le finir à coups de pied au sol après l'avoir poignardé à plusieurs reprises, dans le visage. Ces individus ont été retrouvés et amenés au tribunal, dans lequel ils ont ri pendant leur audience. Aujourd'hui la justice française a décidé de les libérer. En réaction à cette décision le père de Jérémy, Joël Censier, a mis en ligne une vidéo qui a fait le tour de la toile dans laquelle il explique l'injustice dont il est victime : le "Pacte 2012 pour la justice". Et voici ce qu'en dit Daria Marx dans un de ses statuts facebook :

J'en vois beaucoup qui 'likent' le pacte 2012. Prenez le temps de lire ce billet et de comprendre. Ce truc est populiste, propulsé par l'extreme droite. Méfiance
// elle propose un article de Maître Eolas dont Blueberry vous parle très bien par ici

On peut se demander pourquoi un cœur si gros et si chaleureux avec les soucis en français des immigrés se transforme en iceberg face au désespoir et la souffrance inouïe d'un père qui lui aussi lance un appel à l'aide. Je crois avoir le début d'une réponse.

Hier je participais à un dîner de famille, une sorte de petit Noël avant l'heure. A la fin du repas, après quelques bouteilles, les gens se sont mis à parler de leurs différents voyages, notamment au Maghreb, et de l'attitude des touristes occidentaux. Une femme dit "Quand-même c'est dingue de préférer rester dans l'hôtel plutôt que de partir à la découverte du pays, de ses coutumes, des gens dans la rue. Nous les occidentaux on est vraiment pas ouverts". Je ne suis pas en désaccord sur le fond, c'est-à-dire sur l'intérêt de s'imprégner de la culture d'un pays inconnu lorsqu'on y arrive, seulement je me demandais ce que pensait cette femme - si enthousiaste à condamner le comportement occidental - des millions d'étrangers venus vivre en France sans être jamais rentrés dans une église ou bu un verre de vin rouge. Comme d'habitude je préfère ne pas intervenir. Une autre femme prend le relais : "Oui je suis d'accord, d'ailleurs nous une fois on était en Tunisie chez une famille, on nous avait chaleureusement accueillis avec un très bon couscous et un des Français de notre groupe s'est permis de discuter de la recette du couscous avec la dame qui l'avait préparé, en disant que celui qu'il faisait chez lui en France était un peu différent sur ceci ou cela... non mais quelle honte ! Vraiment le réflexe du colon occidental... quand je vois ça j'ai honte d'être française", et une autre femme de répondre "Oui ou on devrait plutôt avoir honte que ce type soit français !", etc.

Le soir en rentrant j'ai regardé "On n'est pas couché" sur la 2 et après un bon quart d'heure de Patrick Bruel saupoudré de Richard Berry, c'est-à-dire un joyeux mélange de vigilance citoyenne anti-Le Pen et de boursouflure judéo-centrée, Ruquier demande à Delphine Wespiser - la nouvelle Miss France - quel serait le candidat le plus proche de ses convictions, ce à quoi elle répond "C'est un sujet très très sensible donc voilà... je donne pas mon avis sur ça". Tu as eu raison de la fermer Delphine, comme je l'ai fermée à mon repas de famille, moi et bien d'autres avons compris ton silence, ton clin d'œil. Cette époque ne veut que des Daria Marx, des gens "subversifs" mais cools, qui parlent de grosses bites mais qui redeviennent des curés sur les points fondamentaux de la morale ambiante. Des gens qui veulent choquer les mamies mais qui se retrouvent outrés dès qu'on dépasse leurs petites limites. Elle en veut par camions, de ces moutons. Quelle hypocrisie dans cette question, comme s'il y avait de la place pour autre chose après la diarrhée verbale d'un Bruel, la grande prêche, comme s'il pouvait y avoir débat en dehors de cette unanimité, comme si on pouvait sortir de leur "champ de la démocratie" impunément... comme s'il y avait de la place pour nous.

L'accent de l'étranger est une chance pour la France, celui du terroir est un danger pour elle. Les réflexes ataviques de l'immigré sont des inadaptations temporaires (on ne se questionnera jamais sur le fait que ces gens ne connaissent toujours pas la langue française basique alors qu'ils sont là "depuis quatre générations"...), ses habitudes sont des maladresses presque charmantes, celles du Français de souche sont des preuves de xénophobie. Un Arabe communautaire c'est un atout pour notre société multiculturelle, un Blanc communautaire c'est un facho. Un musulman qui refuse que sa fille sorte avec un Blanc c'est au pire une incompréhension culturelle, un Blanc qui refuse que sa fille sorte avec un musulman c'est "les heures les plus sombres de notre histoire". Le racisme devient détail, et le "détail" devient racisme. On excuse tout à l'étranger, sa religion, ses racines, sa haine, on le dit victime des flux, victime de la mondialisation, on porte un regard sans cesse bienveillant sur lui quand on écrase, ridiculise, humilie, injure et dénonce le même comportement chez un vieux Blanc qui évidemment n'est victime de rien et coupable de tout. Le vieil Arabe est un traumatisé qu'on a tort de chambouler avec nos histoires d'assimilation, il peut être fier de sa culture, c'est mieux que la société de consommation vide de sens, t'vois, mais le Blanc enraciné lui, c'est Hitler.

Cette idéologie est partagée par tous, de Bruel à Daria Marx en passant par la France "populaire", cette France qui dès qu'elle passe le gramme d'alcool s'étale sur la dégueulasserie de ces enculés de Blancs, alignant cliché sur cliché, préjugé sur préjugé et mensonge sur mensonge, vomissant le beauf à la baguette de pain et à la bouteille de rouge tout en se resservant des verres de vinasse... il faudra d'ailleurs que je leur consacre un texte entier à ces beaufs-là, ceux dont on ne parle jamais alors qu'ils sont en tout point identiques au droitard bourgeois, inculte et convaincu de sa supériorité morale : ils vont en vacances dans les mêmes pays, se lâchent au même moment et de la même façon dans les dîners arrosés, à la différence qu'ils matent Le Grand Journal à la place du JT de Pernaut et préfèrent Yannick Noah et Jamel Debouzze à Michel Sardou et Laurent Gerra.

C'est donc cette doctrine que partagent toutes les grandes âmes autoproclamées : une sorte de mixage entre le mythe du bon sauvage et un paternalisme en filigrane faisant du gauchiste un raciste - lorsqu'on y réfléchit bien -  bien plus proche du racisme réel que celui du catho de campagne qui ne veut pas voir son église remplacée par une mosquée, non là c'est le véritable racisme, celui qui autrefois partait civiliser les sauvages pour leur bien et qui aujourd'hui, après l'échec monumental de cette entreprise,- entre culpabilité malsaine et haute estime de soi - prend sous son aile la femme voilée illettrée pendant qu'il chie sur la gueule du franchouillard au patois pathétique. Le prolo bronzé "miam", le prolo pâle "crève". Cela explique l'exode de la classe ouvrière vers le Front National. La gauche a choisi son camp et c'est effectivement celui du peuple. Du peuple immigré.

En ce moment la gauche essaie de faire passer une loi qui permettra aux étrangers de voter à certaines élections. Celui qui ici ne voit rien ne verra jamais rien et n'a jamais rien vu. Tout est clair, affirmé, assumé. La gauche n'a plus peur de perdre le vote des Français de souche puisque le divorce avec eux est total et explicite, elle l'assume aujourd'hui complètement, cette fracture "sociale" dont on nous parlait. Elle prend le parti de l'étranger idéologiquement mais aussi pragmatiquement. Le réservoir d'électeurs est en chute libre, trois défaites de suite à l'élection présidentielle et peut-être bientôt quatre : il faut faire quelque chose, et les naturalisations ne vont pas assez vite, les Blancs ne lâchent pas prise aussi facilement que prévu. Alors la gauche sort son arme fatale. Elle sait quel poids ces gens pèsent et pèseront dans les urnes, et la démocratie n'est que ça, le régime de la lourdeur. Elle parie sur ça : le nombre d'étrangers grandissant finira par être plus important que celui des Blancs. On dit que la politique moderne est condamnée au court terme mais il semble que la gauche ici voit loin, très loin. Les étrangers qui votent pour elle c'est la garantie de rester au pouvoir et de continuer d'incarner le parti de l'Autre contre l'Européen. Une démarche d'une cohérence parfaite, théorique et pratique. Et, accessoirement, une trahison. Quoique, la trahison exprime le fait de jouer contre son clan, mais quand on voit la gueule de ces dirigeants, de DSK à Jack Lang, d'Attali à BHL ou d'Harlem Désir à Julien Dray, le terme d'ennemis intérieurs leur sied bien mieux que celui de traîtres. Et toute leur action n'a rien d'un combat pour la tolérance ou le progrès (comme le montre avec beaucoup d'humour Mozinor), c'est une guerre pour la domination. La "marche des beurres" étaient leur marche sur Rome, à la nuance près que les Italiens en chemises noires, ils étaient chez eux.

Tous ceux qui se font les complices de ce basculement sous couvert de bonté d'âme - dont Daria Marx n'est qu'un symbole - sont des imposteurs, des "anti-patriotes" au service d'un autre patriotisme. Pour l'affaire du Pacte 2012 pour la Justice, Daria appelle à la vigilance en signalant que "ça vient de l'extrême droite, que ça sent pas bon". L'histoire de ces gens ne l'intéresse pas. Si l'on suppose une seconde une situation inverse au pacte 2012 : un père de famille algérien s'exprimant (dans un français maladroit si possible, ça fait chaud au cœur quand-même...) sur le meurtre à coups de couteau dans le visage de son fils Kamel par une bande de skinheads relâchés par la justice de ce pays, Daria s'empresserait de relayer ce pacte, surement en nous pondant un joli petit texte comme elle sait le faire pour nous dire combien ça la touche, cette affaire monstrueuse. Ils n'ont aucune compassion avec le faible, en réalité, ils frissonnent juste de plaisir devant l'invasion. Dans un stade de football ils "sifflent la Marseillaise avec les beurres", comme le chante Raphaël, mais prennent la position d'honneur dès qu'on entend retentir l'hymne de l'Autre. Qu'on ne se trompe pas sur leur compte : en réalité ils n'ont pas le cœur sur la main, mais la main sur le cœur.


lundi 21 novembre 2011

Racisme ordinaire

Hier soir. On attend notre commande à l'intérieur du kebab. Pendant que mon pote me parle j'observe la terrasse. Deux tables voisines, un Noir et deux Arabes à la première, deux Blancs et une Blanche à la seconde. Je sens que ça va dégénérer bien avant que ça ne dégénère. Au bout d'un moment on les sent ces situations, en amont, d'instinct. C'est sûrement ça le fameux "sentiment d'insécurité".

Je vois les racailles regarder vers la table des Blancs et bouger les lèvres sans savoir ce qu'ils disent, mais je sais ce qu'ils disent, tout le monde le sait. Alors les deux types blancs se lèvent pour partir, en disant quelque chose à leur tour. Peut-être "Qu'est-ce que t'as dit sur ma copine là ?". En tout cas j'ai entendu la réponse d'un des Arabes "Va te faire enculer j'dis c'que j'veux !". Les Blancs décident de limiter la casse, comme d'habitude, et s'en vont. Mais une des racailles se lève pour les rattraper. Les deux autres ne tardent pas à faire la même chose.

Au loin je vois ces trois Africains qui ne veulent pas laisser partir les trois autres. Ces trois autres qui auraient sûrement eu moins d'ennuis s'ils n'avaient pas eu la peau si claire. Alors ça encercle, comme toujours. Ça commence à se bousculer, à mettre des petites claques. Je dis à mon pote "Tu vois la haine dans mes yeux ? C'est celle qui envoie des gens dans des fours", à voix haute, au milieu d'un kebab. Je suis à deux doigts d'y aller, je me dis que si ça part en lynchage, ou s'ils touchent à la fille, j'explose. Mais les deux Blancs et la Blanche s'en tirent avec quelques insultes et quelques mégots jetés sur leur passage. Les battements de mon cœur ont atteint un niveau particulièrement élevé quand nous recevons notre commande et que nous quittons les lieux. J'avais presque envie que ces trois-là viennent nous emmerder nous, pour voir. 

Quand j'entends dire que Marine Le Pen monte les gens les uns contre les autres, ou que si Nicolas Sarkozy n'était pas là ces trois Africains et ces trois Blancs seraient sûrement dans un pub en train de festoyer  tous ensemble autour d'une bière en écoutant les Pogues, j'ai comme un doute. En revanche, j'ai moins de doute quant à la capacité de ces bandes racistes à refroidir les cœurs. C'est un miracle qu'il y ait si peu de vrais racistes blancs en France. Ces tribus sont des usines à nazis.

jeudi 17 novembre 2011

L'antiracisme expliqué à ma fille

Hier soir, vers 3 heures du matin, j'ai vu des racailles courir dans la même direction. Ils étaient une bonne dizaine, d'origine maghrébine et juraient "sur le Coran d'la Mecque" en hurlant. Au départ j'ai pensé qu'ils chassaient du Blanc, comme d'habitude, mais pas du tout : ils étaient chassés par des Blancs. J'ai vu une clique de métalleux courir après eux, une bonne dizaine aussi, des métalleux plus dans le style Motörhead que Nightwish. D'après ce que j'ai entendu les racailles ont tapé dans les motos des métalleux avant de s'enfuir devant la réaction de ces derniers. On peut même plus niquer les faces de craies sans qu'ils se défendent, c'est vraiment un putain de pays raciste. C'est toujours amusant de constater le comportement des bandes antiblanches lorsqu'elles ne sont pas à dix contre un.

Ils sont aussi cons d'un côté que de l'autre, me dit-on. Il y a des chances, oui. Ce sont des gens primaires avec un comportement primaire. Sauf que les skins, hells angels, appelez comme vous voulez les Blancs qui marchent en groupe, représentent quelques milliers de personnes en France, les autres un peu plus. Sauf qu'une fille, quand bien même elle serait arabe ou noire, n'a pas peur de rentrer chez elle toute seule en passant devant une tablée de tatoués parlant bécanes, une Blanche - même de gauche - rase les murs en voyant une tribu de casquettes. Sauf qu'on organise des concerts et des soirées "Rire contre le racisme" pour condamner le petit blanc frileux, xénophobe, Dupont Lajoie, ce personnage confortable, pendant qu'on fait de Jamel Debouzze un exemple pour la "jeunesse" et du film Indigènes un chef d’œuvre. A quand une publicité Pepsi avec des crânes rasés à bombers ? Pepsi Skinhead Shopping ?

Dominique Sopo est le président d'SOS Racisme. Cet homme a déclaré "Le racisme anti-blanc est une notion forgée par le FN". Apparemment il n'y a pas de hiérarchie entre les races, mais il y en a une entre les racismes. A partir de là, il va être de plus en plus difficile de me faire pleurer sur les discriminations à l'emploi, à l'embauche, réelles ou non. Depuis que je suis né, je vois toujours la même chose. Un Blanc se fait insulter de "sale Blanc" dans la rue, il se fait taper pour ça alors il s'exprime, il décrit ce qui se passe et on lui répond qu'il doit arrêter de "stigmatiser". S'il se défend physiquement c'est le tribunal directement. Il doit la fermer, sa gueule, encore un mot et c'est la croix nazie qu'on lui brode sur sa veste. C'est là le génie de toute la démarche antiraciste : avoir fait passé les victimes de racisme pour les racistes. 

Alors certes, c'est énervant qu'un Noir ne puisse pas entrer dans une boîte de nuit parce qu'il est noir, moi à la base ce genre d'injustices m'insupporte. Mais aujourd'hui en France il y a un autre racisme - bien plus violent - dont on ne peut dire le nom sous peine de se faire cracher au visage par les moralistes. Donc, maintenant, je m'en contrefous qu'un mec originaire du Cameroun ne puisse pas aller danser le samedi soir. Les associations antiracistes ont joué à un jeu dangereux. En niant les violences faites aux Blancs, en les encourageant même, ils ont refroidi les cœurs. On ne demande pas à monsieur Bertrand d'être solidaire avec monsieur Benmiloud quand les gosses du second violent la fille du premier parce qu'elle est blonde dans l'indifférence générale. En prétendant éliminer le racisme des Européens, ils ont éliminé leur compassion. Et ils continuent, évidemment.

Je commencerai à accorder l'ombre d'un début de crédit à la parole d'un antiraciste lorsqu'il me parlera aussi et d'abord des milliers d'agressions anti-blanches caractérisées qui se produisent quotidiennement dans ce pays, dans les métros, dans les bus, dans les blocs et ailleurs. A ce moment-là on pourra discuter des problèmes de Mohamed pour trouver un appartement. En attendant je continuerai de considérer le combat antiraciste comme ce qu'il a toujours été : un combat antiblanc.