Certains défendent des idées. Moi j'en attaque.

jeudi 17 septembre 2015

Guénolé c'est du concret

Thomas Guénolé est Docteur en sciences politiques chroniqueur chez Jean-Jacques Bourdin.
Je sais, déjà c'est assez cool.

Cet intellectuel (ou journaliste, quelle différence aujourd'hui ?) a récemment fait une découverte fracassante : il y a une désislamisation des jeunes musulmans en France.

Vous savez comment il le sait Thomas ? Parce qu'il a les chiffres.
Les jeunes musulmans d'aujourd'hui vont moins à la mosquée que leurs parents.
Il n'y a aucun doute possible, il a les chiffres je vous dis, c'est dans son tableau excel.

Il compare d'ailleurs cette désislamisation à la déchristianisation de la société française au début du 20ème siècle. Bah oui les gens vont moins à l'église et croient moins en Dieu, ils sont donc moins chrétiens, ça tombe sous le sens !

Thomas c'est le genre de gars qui pense en comptant des petites croix dans des petites colonnes.
Le mouvement, la pensée dynamique, il connait pas.

Si vous lui expliquez que le moment où la pratique d'une religion disparaît, c'est précisément le moment où les valeurs de cette religion sont tellement ancrées dans les individus qu'elle n'a plus besoin de leur rappeler tous les dimanches matins.

La morale d'une religion n'est plus nécessaire lorsqu'elle est installée en profondeur, comme une fusée lancée n'a plus besoin de ses réacteurs.

Si vous lui dites, à Thomas, que comme l'analysait Nietzsche le mouvement démocratique n'a pas détruit mais a continué l'héritage du mouvement chrétien, il vous regardera avec sa petite feuille pour vous dire "Attendez, j'ai les chiffres" comme un énième Aymeric Caron.

La vérité c'est qu'une gamine a beau avoir un iPhone 6 et être maquillée comme une pute, elle appellera ses grands frères pour vous défoncer si vous critiquez le Coran devant elle, des grands frères eux-mêmes défenseurs de Mahomet même avec un verre de sky dans une main et snapchat dans l'autre.

Lorsqu'on bouge son cul en dehors de son amphi à Sciences Po ou de son plateau de BFMTV, on réalise l'évidence : les Occidentaux athées n'ont jamais été si chrétiens qu'aujourd'hui et les Français musulmans n'ont jamais été si musulmans qu'aujourd'hui, c'est bien pour ça que les uns tuent les autres, et que ces autres n'y trouvent rien à redire, fidèles qu'ils sont au message du Christ, c'est-à-dire la plénitude dans l'abandon de toute lutte pour la vie.

Et même si l'on en restait bêtement aux chiffres, comme Thomas dont le cerveau-calculette pourrait être le projet de fin d'année d'une classe de 4ème pour le cours de Techno, on noterait qu'on n'a jamais compté autant d'exigences de repas de substitution, d'heures de piscine séparées pour hommes et femmes, d'agressions de médecins par des jeunes pères musulmans refusant qu'un homme touche leur femme, de soutiens sur les réseaux sociaux aux Merah et autres Kouachi...

Mais ça évidemment, Thomas n'en parle pas. Ça devait pas rentrer dans son tableau excel.

mercredi 9 mai 2012

C'est l'histoire d'un mec...

Un électeur FN, normalement, c'est une personne âgée assez aisée, qui aimerait interdire le rock, la techno et toutes les musiques de "jeunes", qui vit dans un village paumé à la campagne et qui n'a jamais vu un Arabe de sa vie, une personne xénophobe pleine de préjugés qui regarde trop TF1. Ou bien c'est un pauvre gars inculte faisant partie de la frange la moins éduquée de la population, qui ne comprend pas le monde dans lequel il vit.

J'ai la vingtaine et quelques années, je vis avec à peine 500 euros par mois, j'écoute du métal et de l'électro en passant par du rap, j'ai passé tout mon secondaire dans une ZEP et j'ai habité dans une banlieue encore après mon bac, j'ai été élevé dans une gauche Canal plus et chez nous le bouton 1 de la télécommande est resté à l'état neuf. J'ai toujours eu d'excellentes notes au cours de ma scolarité, avec notamment un 20 sur 20 en histoire/géo pour mon bac blanc, et je suis des études supérieures en étant à quelques semaines d'un master avec mention Bien.

Moi, raciste ? Il y a une quinzaine d'années encore lorsque j'allais à un repas avec mes parents, et que j'entendais des convives dire qu'ils n'aimaient pas les Arabes et qu'ils votaient Le Pen, je sortais discrètement de la pièce pour aller dehors cracher sur leur bagnole. Moi, raciste ? Mes potes au collège s'appelaient Abdelkader et Saïd et je vomissais avec eux les "fachos". Moi, raciste ? Au lycée j'ai signalé à la direction, qui m'emmerdait pour des broutilles, que des élèves néonazis se pointaient avec "Mein Kampf" au bahut.

Moi, je ne suis pas dans le "champ républicain" ? Je vous emmerde, la gauche. Je vous ai appartenu corps et âme assez longtemps pour avoir le droit de le dire, haut et fort. Je n'ai aucune leçon à recevoir de vous. Entre les deux tours de 2002 j'avais 15 ans et j'ai défilé contre Jean-Marie Le Pen. Qu'est-ce qui selon vous m'a rapproché de lui un peu plus tard ? Les paroles de "division" de Nicolas Sarkozy ? Il n'existait pas à l'époque. C'est la réalité qui m'a fait voter FN quand tout dans mon éducation, mes valeurs, mes préjugés me destinait au contraire. Ce qui crée la "division" dans ce pays ce ne sont pas les paroles des politiques, ces dernières ne sont que le reflet des aspirations qui viennent de la base, ce qui crée la "division" c'est la présence de plusieurs peuples distincts sur un même territoire, à force d'immigration massive sur des dizaines d'années, démarche irresponsable dans le meilleur des cas, diabolique dans le pire des cas. Sarkozy n'a fait que récupérer la colère qui couvait, il ne l'a en rien créée. 

Le mot "racailles" Nicolas Sarkozy ne l'a pas inventé, il l'a repris de la bouche de cette dame qui lui parlait à la fenêtre, parce qu'elle vit là-bas, elle. Ça vient d'en bas, c'est clair, la gauche ? C'est un "jeune" qui vous parle, vous aimez tellement ce mot, un jeune qui constate que la "division" c'est vous qui l'avez provoquée, encouragée, en important ici des populations qui nous étaient hostiles, par souvenir de la guerre d'Algérie, en les rendant encore plus hostiles avec le mouvement "antiraciste", avec votre "marche des beurs", en les appelant à revendiquer leurs origines tout en nous contraignant à avoir honte des nôtres, en apprenant à tous que tout ce qui était "de souche" était nazi, colon, ignoble à tout point de vue, en nous effaçant littéralement de votre "diversité", vous avez créé ce racisme dont vous ne parlez jamais, pourtant largement majoritaire dans les faits : le racisme de ceux qui nous appellent "les faces de craies".

Moi, raciste ? Je vous emmerde, tellement profondément, vous ne pouvez même pas l'imaginer. Votre "multiculturalisme" je l'ai pris en pleine gueule. Vous m'avez fait croire qu'ils étaient français, ceux-là même qui m'insultaient de "sale Français" quand c'était pas "sale Blanc". Plus jeune je recevais des stylos blancos au visage, et les insultes qui allaient avec. Je ne comprenais même pas ce que ça voulait dire. Je continuais à me prendre la tête avec des potes qui connaissaient le terrain encore mieux que moi et qui me disaient "Ils nous emmerdent les Arabes", je leur répondais "Attendez on les a colonisés quand-même ! C'est normal !". Je me souviens de cette petite blonde aux yeux bleus, en 4ème, qui vivait dans la cité entourant notre collège. Je l'aimais bien et elle aussi, mais un jour elle m'avait avoué, les larmes aux yeux, qu'elle ne pourrait pas sortir avec moi, que ça serait trop mal vu ici d'être avec un Blanc. Trop risqué pour elle.

Plus tard j'ai vécu dans un de ces quartiers, dans une autre ville. Je n'avais pas encore de voiture ni de permis, trop cher pour moi, alors je devais rentrer chez moi en bus le soir, sur cette ligne hautement fréquentée par les racailles. Une nuit je rentrais avec ma petite amie et un pote, nous nous sommes faits encercler dans ce bus, ils étaient une bonne quinzaine, ils ont commencé à toucher les cheveux de ma copine en rigolant, elle bouillonnait autant que moi, mais que faire, ils étaient trop nombreux, comme toujours. Elle s'est retournée et a bougé leurs mains violemment, "hey mais tiens ta femme toi" m'a dit un des gars, le ton est monté d'un cran et ils se rapprochaient, le chauffeur voyait mais n'a rien fait, on a réussi à descendre à l'arrêt suivant, sous les insultes, forcément. Quand les portes se refermaient j'ai dit "Vous étonnez pas après qu'on vote Sarkozy !", avant que mon pote n'ajoute "Ou pire.", et je me souviens lui avoir dit "Oh arrête, faut pas exagérer non plus...". "Faut pas exagérer", putain, même après ça je ne voulais pas "exagérer".

Ma copine ne disait rien mais pleurait de colère. Quelques mois après, cette fois je n'étais pas avec elle, elle s'était fait arracher son Ipod à un arrêt de bus. Et deux ou trois jours plus tard, alors qu'on était en ville, on a croisé le voleur avec des potes à lui, une dizaine, ils sont passés devant nous et ma copine m'a dit "C'est lui" en le fixant d'un regard noir malgré ses yeux bleus. Et lui a dit à ses potes "Wesh les cousins c'est elle !" en pointant du doigt ma copine, et en riant. Ils sont passés devant nous en prenant soin de bien ralentir pour nous montrer comme ils étaient fiers de leur impunité, de notre impuissance. Encore une fois, que faire, à un contre dix, et avec sa copine. Elle était déjà allée voir les flics avant, qui avaient "noté" sa plainte, bien sûr. Elle a encore pleuré des larmes de rage, en disant entre deux sanglots "Mais bon Dieu c'est pas possible que ça existe ça, pourquoi ça existe", alors que je la prenais dans mes bras.

Je vous emmerde, la gauche. Grâce à vous j'ai dû passer ma jeunesse à accepter les agressions au faciès, à admettre les humiliations quotidiennes, à subir des situations qui font penser à certains récits de braves gens pendant l'occupation. Devoir gérer les rues que l'on va emprunter pour éviter leurs bandes, établir des diversions, être sur le qui-vive à chaque instant, se priver de sortir parfois, élaborer des parcours dans l'espoir de rentrer vivants, baisser les yeux et fermer la bouche, est-ce que ça parle à l'un d'entre vous ? Et encore, je ne parle ici que des agressions, des risques physiques, pas de tout le reste, du moins évident, de cette époque où il n'y a plus de place pour moi, pour nous. 

Moi, raciste ? Je vous emmerde de tout mon être. Je n'ai jamais eu de peurs irrationnelles, j'ai tout pesé et jugé sur le terrain. Je n'ai pas de préjugés, je n'ai que des post-jugés. Tout votre vocabulaire est à foutre aux ordures, toute votre artillerie lourde et votre chantage permanent n'ont plus aucun effet sur moi, comme sur des millions d'autres, c'est de la pluie sur un imperméable. Tout ce qui me définit aujourd'hui c'est la réalité qui me l'a appris. Je ne suis pas le fils d'Hitler mais celui des jeunesses antiracistes. Je suis le fils de votre matrice. Je suis le fruit de l'éducation nationale et de la FCPE, des cours d'éducation civique qui finissaient tard le soir, quand il faisait déjà nuit et qu'on n'était plus que 4 dans la classe car c'était ramadan. Je suis Libé et le Canard Enchaîné. Je suis de Caunes et Garcia, Nulle Part Ailleurs, Siné et le professeur Choron, Polac et Ardisson, CNN International et Jules-Édouard Moustic. Je suis une rédaction du brevet des collèges dans laquelle j'incendiais l'Etat autoritaire français qui selon moi avait tué Coluche. Je suis l'enfant de Desproges et Nina Hagen, de Robespierre et Ras l'Front. Je suis le rejeton de la culture. Je suis les Sex Pistols et The Clash, je suis Alliance Ethnik et NTM, j'ai appris à marcher dans le salon près de statuettes africaines, mon univers est coloré, je suis le mélange, fruit d'un Breton et d'une Italienne, je suis le hip hop celtique à la con de Manau. Je suis tout sauf la Tradition moisie, je suis le résultat des nouvelles technologies et de Katsumi, je suis aussi l'art et je joue de la guitare depuis mes cinq printemps, je suis le zapping, Karl Zero et les Guignols de l'Info, Jack Lang et Mitterrand. 

Vous m'avez fait, puis abandonné, je suis votre propre créature qui vous a échappé. Je suis l'archétype du garçon vif et intelligent, hostile d'instinct aux réactionnaires, je suis à mille lieues des conservateurs de tout bord et c'est précisément pour ça que je suis à mille lieues de vous, de vos slogans éculés et de vos poncifs périmés. Et je ne suis pas seul, il y a une autre jeunesse en France que vous ne voulez pas voir, qui ne vous intéresse pas, une jeunesse que vous n'excusez jamais, que vous n'écoutez jamais, que vous méprisez toujours, une jeunesse pleine d'énergie et de talent, d'envie et d'amour, une jeunesse qui ne brûle rien sinon de désir de changement, de vrai changement, elle est là dans la rue et dans les concerts, elle n'est pas honteuse elle veut simplement vivre, et vous ne la ferez plus taire avec vos mensonges et votre haine. Je suis le seul palestinien colonisé dont vous vous foutez. Je suis le seul type de Français qui n'a pas droit à votre "tolérance". Je suis celui qui fait s'effondrer toute votre propagande, vos réflexes usagés, comme le World Trade Center ou l'immeuble à la fin de Fight Club. C'est votre monde qui m'a fait, qui m'a conçu, je suis immunisé contre la culpabilité, vos anathèmes ne marchent plus. Je ne suis que la dernière conséquence de votre racisme contre tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un Européen. Je suis une erreur dans votre système, je suis votre électeur FN. 

samedi 24 mars 2012

Mohamed

Tout à l'heure j'ai vu Mohamed Merah. Il était dans sa voiture, du mauvais rap dans les enceintes, à l'arrêt devant un feu vert, discutant avec un de ses potes, qui n'était autre que Mohamed Merah. Plus tard dans la journée, j'ai croisé deux autres Mohamed Merah, marchant sur une place pavée de cette manière si particulière laissant croire qu'ils ont une jambe plus courte que l'autre, se déplaçant très lentement, ils fixaient les clients sur les terrasses, ils s'approchaient, comme s'ils attendaient un "regard de travers", une excuse.

En buvant mon verre - assis au soleil - je les observais, et je repensais à un autre Mohamed Merah, un que j'ai connu il y a longtemps, en sixième. Il s'appelait Kader celui-ci. Un gamin issu de la banlieue qui enveloppait notre collège, un petit bonhomme avec qui je riais beaucoup, gentil comme pas deux, une "crème" comme on dit. Une fois il m'a dit "Hitler ? J'le déteste c'était un facho ! Sauf pour les Juifs, là j'lui dis trop merci pour ce qu'il a fait Wallah !", au début j'ai pensé qu'il plaisantait, évidemment. Mes oreilles n'étaient pas préparées à ça, on m'avait pas prévenu, c'était pas prévu dans le scénario. Depuis j'ai fait de la route.

"C'était un garçon plein de vie, souriant, poli, on ne comprend pas ce qui s'est passé", qu'ils disent, à la télé. Comme si - en voyant les images de ce type en train de faire crisser les pneus d'une bagnole qui vaut quelques dizaines de SMIC - on ne comprenait pas de qui il s'agissait. Comme si c'était le genre de types à qui on confierait un de nos gosses ou même 10 euros. Comme si ce sourire-là nous disait du bien sur son propriétaire. Quand j'ai vu sa gueule hilare dans tous les JTs j'ai eu l'impression de le connaître, de le reconnaître, tellement je l'ai croisé dans ma vie. C'est évidemment lui qui reste au milieu de la route et bloque la circulation, et c'est encore lui qui rôde avec ses potes autour des cafés en ville. C'est avec lui que je rigolais de bon cœur quand j'avais l'excuse d'avoir 11 ans. C'est lui dont tout homme doté d'un minimum de bon sens s'éloigne avec sagesse, c'est avec lui que chaque jour on s'applique à garder une distance de sécurité - non par couardise mais par intelligence élémentaire - parce que l'on sait que lui contrairement à nous n'a rien à perdre, qu'il a la rage et qu'il n'hésitera pas à la déchaîner contre une femme, un enfant, un handicapé, qu'on a déjà vu ça plus d'une fois. Alors on évite le conflit pour nos gosses, pour notre copine, pour notre vie, avec une extrême prudence totalement légitime.

Le sourire de Merah c'est celui de la Fouine, dont j'ai déjà parlé. Leur légèreté n'est qu'apparente, ce qu'ils traînent avec eux c'est une boule de haine à notre encontre - une tumeur de gaz en combustion grossissant comme le Soleil - qui ne demande qu'à exploser. Ils ne basculent pas dans l'envie de meurtre comme ça d'un coup sans qu'on sache pourquoi, comme on vous le dira dans les médias, ils y baignent en permanence. En 3 secondes on peut passer du taxage de clopes au tabassage en règle. Nous savons cela, nous le savons d'instinct. Les Mohamed Merah ne "cherchent pas la baston" comme une vulgaire bande de beaufs avinés en fin de soirée, à l'ancienne, non, eux sont souvent sobres et alertes, et s'ils cherchent le conflit ce n'est pas juste pour "se bagarrer" entre bonhommes et se tenir par le col pour faire mouiller les gonzesses, c'est pour nous finir à la lame, pour nous éclater le crâne à dix contre un ou à l'aide d'une bagnole, c'est pour nous détruire. C'est tout sauf de la "délinquance".

"Un garçon exemplaire, rien ne laissait présager que...", mon cul. Les rues sont pleines de Mohamed Merah potentiels qui aident les vieilles dames à porter leurs courses. Il faudra un jour arrêter de se raconter des histoires, faire semblant de ne pas voir, et le plus tôt sera le mieux. "Tu exagères, il faut être vraiment être cinglé pour faire ce qu'il a fait...", je les vois déjà arriver avec leur "Faut pas généraliser", cette phrase qui est toujours la signature des connards. Bien sûr qu'il faut généraliser, c'est l'essence même de toute pensée que de regarder le réel et d'en tirer des grandes lignes de lecture sans s'arrêter au stérile "ça dépend des gens". Nietzsche écrivait "la folie est quelque chose de rare chez l'individu ; elle est la règle pour les groupes, les partis, les peuples", et ça tombe bien car Merah n'était pas un individu mais précisément un groupe, un parti, un peuple. Ce qu'ils sont, viscéralement, chacun d'entre eux, c'est leur communauté, leur "race". Et c'est bien pour cela qu'ils nous disent si volontiers de "niquer" la nôtre.

On ne le dira jamais assez : ce qui fait que chaque Mohamed Merah ne tue pas chaque jour est circonstanciel, pas structurel. C'est un détail. Ils ne le font pas, parce que les gens désertent leurs quartiers, ou baissent les yeux, ou se cachent, bref, rien de fondamental ne les en empêche, et à la première occasion ils peuvent vous mettre une balle au milieu du front, s'ils se sentent d'humeur. C'est ça, la banalité du mal. Je le répète donc, parce qu'il le faut : des Mohamed Merah il y en a partout. Non, il ne s'agit pas d'une minorité, et même s'ils l'étaient ils sont aidés et soutenus par une majorité des leurs, un entourage qui les approuve toujours sur le fond, à commencer par leurs propres parents. Le geste de Merah n'est pas un acte isolé, il n'est que la partie visible de l'iceberg. Nous le savons tous, nous les croisons à l'arrière des bus, dans les cages d'escalier, dans les parcs l'été. Nous connaissons tous le profil de ces meurtriers en puissance, et même si nous avons parfois du mal à le définir, comme j'essaie de le faire, comme d'autres essaient avec moi, nous savons.

Nous savons que Mohamed Merah est le dernier produit de la période antiraciste que nous vivons, qu'il est un mélange hasardeux entre une racaille sous-gangsta-rap de parking d'HLM - "Wesh couzin mate ma caiss le brui kel sor C du lour !" - et un islamiste radical - le garçon étant un habitué des centres d'entraînement pour talibans, le tout emballé pendant des années dans un joli costume de "gentil garçon plein d'énergie et plein d'avenir" par ceux qui s'obstinent pourtant à chercher des SS dans nos rangs. Non seulement Merah est une conséquence ultime de tout ce contre quoi nous combattons, mais mieux que ça il en est une synthèse presque parfaite, ce qui démontre une bonne fois pour toutes le bien fondé de notre sentiment à tous même lorsque celui-ci était parfois confus. Avant de le savoir nous avions raison, le cerveau a toujours un temps de retard sur l'instinct de conservation. Oui on peut passer de la tournante à la prière et de la cave à la mosquée, même si ça donnera un mal de crâne terrible à Alain Soral, brillant sociologue français pour qui l'islamo-racaille ne peut pas exister, et qui pour le coup avoue logiquement ne pas parvenir à cerner le personnage

Pourtant il arrive à point nommé, ce personnage, à un moment de la pièce où l'intrigue se dévoile, où les masques tombent les uns après les autres. Il est l'élément déclencheur. Voyez cette prof qui a demandé une minute de silence à ses lycéens en hommage à Mohamed Merah, arguant qu'il avait eu une enfance difficile et que son lien avec Al-Qaïda n'était que pure invention de "Sarko". Essayez juste une minute de concevoir le mécanisme qui dans la tête de cette prof a provoqué cette décision, ses motivations profondes. Demandez-vous si ce genre de personnes vote Mélenchon ou bien lit Brasillach. Maintenant, imaginez ne serait-ce qu'une seconde la teneur des cours d'une telle enseignante depuis des années. Supposez enfin que sans aller jusqu'à exiger une minute de silence pour un mec qui exécute des gosses à bout portant, d'autres profs - appelons-les les "profs modérés" - n'en pensent pas moins. Alors, contemplez l'étendue des dégâts. Les gens ont toujours choisi leur camp, comme je l'avais écrit à travers l'exemple d'une certaine Daria Marx, mais le fait est qu'ils prennent de moins en moins de gants. Et c'est très bien, que l'on voie qui est où.

Les lignes de démarcation se précisent jour après jour, la guerre devient assumée de part et d'autre, de la panique des politiques de gauche comme de droite jusqu'aux pages facebook en mémoire du terroriste cliquées des milliers de fois et effacées précipitamment, de son frère et de sa famille qui se disent fiers de lui jusqu'aux profs qui lâchent enfin le morceau, en passant par son avocat, celui qui prétend ne rien avoir vu venir et qui accessoirement s'était déjà présenté à des élections sous l'étiquette "Elan citoyen contre les discriminations", c'est presque trop beau pour être vrai -, et Gérard Longuet qui avoue que tout ceci est arrivé parce qu'on s'est obstiné à chercher un nazi imaginaire... tout s'éclaircit, alors je n'ai peut-être pas encore vu grand-chose dans ma courte existence mais tout ça ressemble à s'y méprendre à un dernier acte.


mardi 28 février 2012

La pilule bleue

Il y a tout, dans cette vidéo.

La fouine chez Ruquier, c'est le rappeur chez grand-mère, le gangsta sympa, de la racaille à la canaille. Faut voir comment il se rassure, ce gros con de Laurent Ruquier, "aujourd'hui on sent bien que vous êtes plus dans la rédemption que dans la délinquance", qu'il dit avec son sourire de rongeur. C'est qu'un grand dadet inoffensif cet "artiste", finalement, on a presque envie de lui pincer la joue à ce vilain garnement ! "Vous êtes le Renaud de votre génération, ni plus ni moins !", et la fouine - ce nom, putain - de répondre avec ce sourire de faux cul et ce regard de renard dans un poulailler, "Ouais voilà c'est des clichés tu 'ois, le rap ça fait peur mais on est juste des gamins on s'amuse !", tout en sachant qu'il est en train de nous enculer profondément.

Ruquier aime ça, en même temps, se faire enculer. Mais il ne se doute pas que ce sera sans vaseline, avec la fouine. Il ne comprend pas qu'il n'en a rien à battre, de la bienveillance du présentateur de France 2, la fouine. Et que s'il ne lui saute pas à la gorge avec ses potes en l'insultant de sale pédé, c'est uniquement parce qu'il est sur un plateau télé. Il n'a aucune idée de ce qu'est une cité, Ruquier. À Eric Zemmour qui un jour parlait des racailles qui traînent dans les blocs d'immeuble en crachant et en agressant les locataires, je me souviens l'avoir vu répondre "Non mais, franchement, ça existe vraiment ça ?"...

Le terme "bobos" ne suffit plus pour qualifier ces gens, c'est vraiment un monde parallèle, un monde de drogués qui ne veulent surtout pas redescendre de leur trip. Je les regarde se shooter les uns les autres avec leurs poncifs à la con, comme des junkies fuyant la dure réalité de la vie, on les voit presque se passer la seringue... On veut retirer son costume de loup au rappeur, on veut voir un agneau en-dessous, on veut absolument se rassurer. "Allez la fouine, derrière tes insultes et le reste, t'es comme nous hein ?! S'il te plait !!!", on aime la diversité mais pas trop, n'est-ce pas, en vérité on a une trouille bleue de la différence, la vraie différence.

Alors on continue dans la bonne humeur, "la fouine représente la jeunesse de ce pays", ben oui bien sûr, pourquoi pas, et quand on parle de "fantasmes" sur l'immigration et bien là on y est aussi, on fantasme tout haut sur l'immigré qu'on aimerait bien voir, loin du quotidien des rues, bien à l'abri dans un studio coupé du monde, avec vigiles et portes blindées, on ne se coupe la parole que pour dire "Mais tout à fait, d'ailleurs moi-même j'ai connu...", on prend plaisir à se repaître de préjugés dégoulinants, c'est obscène ce spectacle, on entend presque les petits gémissements de plaisirs et d'autosatisfaction... c'est l'heure de l'orgie républicaine.

Le point culminant c'est le moment où Maurice Szafran s'extasie sur les paroles du rappeur d'origine africaine, "la qualité de la langue, on voit très bien un français extrêmement châtié !", comme pour qu'on se rende compte qu'il n'y a rien de pire que cette idéologie des belles lettres, de l'appartenance à un peuple par les mots, de l'utopie de l'école égalitaire, de réduire l'identité à l'imparfait du subjonctif... un français "châtié" oui, c'est le mot, c'est un châtiment du Français en direct sur le service public cette émission... la langue c'est merveilleux, Flaubert et Abd al Malik même combat ! Tous unis dans la francophonie ! Abd al Malik étant le symbole ultime de cet exemple d'intégration "réussie" exhibé par les fanatiques du dictionnaire, rappeur que l'on ose comparer à Brel, Brel qui avait pourtant prévenu ! (à la minute trente en gros)
Les notions sont géographiques et ne sont pas des notions de langage. Alors "prouvez tout ça" je peux pas prouver tout ça. Mais si je demande demain à un Flamand de me prouver qu'il est flamand il peut pas me le prouver : à quoi on reconnait un Flamand ? Un homme qui parle le flamand ? Ça n'est pas une preuve, un Mongole peut admirablement parler le flamand, ça veut rien dire tout ça... c'est pas courant ? Et c'est souhaitable ! Parce que si tous les Mongoles parlaient le flamand, la Flandre serait petite !
Bien à toi Jacques...

Personne ne veut de véritable diversité, ou alors un peu, un aperçu, juste un best of, une version censurée, tout public, dans laquelle les scènes violentes ont été coupées pour ménager la sensibilité des plus protégés... un truc sans matière grasse, sans risque pour la santé. On veut voir des lions, parce que c'est exotique, mais des lions en peluche sinon c'est trop dangereux. On veut de l'épicé sans se brûler. On veut du frisson sous cellophane, on veut du monstre gentil comme sur l'île aux enfants, on veut danser avec les singes comme dans le livre de la jungle. On veut du dessin animé. Aucune véritable confrontation de points de vue divers ici, non, au contraire la même idée comme matrice commune : la certitude que tout être a un bon fond, que les barrières ne sont que folkloriques, qu'elles n'existent que pour divertir, la diversité comme divertissement, c'est la ferme célébrités à tous les étages, Fromageplus disait "L'homme est un touriste pour l'homme", c'est ça...

On veut des Noirs et des Arabes partout mais pas de burkas ni de racailles, on veut du lettré et du rigolo, on veut une vérité qui nous plait, on va voir Intouchables par millions et on césarise Omar Sy, parce qu'on a besoin de chaleur... Partout cette urgence de l'inoffensif pour un pays qui ne peut plus se regarder en face, qui n'a pas le courage d'affronter le visage du monde d'aujourd'hui, et qui se renferme alors sur lui-même en s'empoissonnant sciemment, pour adoucir sa vue dans l'anesthésie, pour crever en douceur... La France n'est pas un pays d'ivrognes communistes, comme on pourrait pourtant le croire, mais un pays de bourgeois sous antidépresseurs. Parfois j'ai l'impression que Dieu nous envoie des signaux. 

Il y a tout, dans cette vidéo.

dimanche 26 février 2012

Parcours de santé

Certains nous racontent que la vie en banlieue, finalement, c'est pas si terrible que ça. Chiffres à l'appui, ils nous démontrent que les agressions en tout genre sont en réalité plutôt exceptionnelles. La violence y existe mais elle se fait rare, il ne faut donc pas fantasmer. Pas exagérer. Ces gens ont parfaitement raison.

Hier je suis allé courir avec un ami sur un parcours de santé situé au nord de la ville. Nous nous y sommes rendus en voiture. Pour y accéder depuis chez moi sans avoir à faire un gros détour, il faut traverser un quartier dit sensible.

Nous y voici donc. Je suis passager, mon ami conduit. Il connait mieux ce quartier que moi, il a grandi dans ce coin. Il me conseille de fermer mon carreau et de baisser la musique. Soit. Je le fais tout en observant ce qui nous entoure.

Des bandes de jeunes réunis devant les blocs d'immeuble avec dans les mains des joints et des téléphones portables dernier cri, transformant ainsi l'accès des habitants aux appartements en un nuage de fumée et de rap grésillant. Des gens regagnent leur domicile en fixant le sol, visiblement pour de bonnes raisons. Une vieille dame voilée rentre aussi chez elle. En revanche elle n'a pas l'air de s'inquiéter ni d'être inquiétée. Tout va bien pour elle.

Devant nous des lycéens sortent de leur établissement pour rejoindre le bus qui les ramènera au centre-ville. Personne ne semble à l'aise, tout le monde reste groupé devant le portail, comme un troupeau de moutons craignant une meute de loups en s'en remettant entièrement à ce berger de chauffeur de bus qui n'a pas non plus l'air de vouloir rester ici très longtemps. Et le bus s'en va en essayant de ne pas écraser d'autres "jeunes" qui s'amusent à marcher au milieu de la route et qui eux ont l'air de ne jamais avoir mis les pieds dans un lycée.

Mon ami freine brutalement, un "jeune" vient de s'arrêter en plein milieu de la chaussée avec son scooter. Il n'a pas de casque et bloque le passage. Il ramasse quelque chose à terre, très lentement, en nous regardant fixement. Il ne bouge pas et nous oblige à faire un écart pour repartir. Certains lycéens ayant raté le bus attendent le suivant, en prenant soin de ne pas regarder autre chose que le bout de leurs chaussures. Il fait plutôt bon, mais une balade à pied jusqu'en ville ne semble pas tenter grand monde.

Nous arrivons à un rond-point en passant à côté d'un autre "jeune" en scooter qui vient de s'amuser à faire des zigzags sur un zebra et qui a maintenant décidé de prendre le giratoire à contre-sens. Par la gauche donc. Ensuite il se remet dans le bon sens. Puis dans le mauvais à nouveau. Et ainsi de suite.

Nous sortons à peu près de cette ZUP. Après avoir rouvert mon carreau et remis la musique, je réfléchis quelques instants. Je vois des Français qui vivent comme s'ils étaient morts. Un pas de travers et c'est le clash à coup sûr. On baisse la tête et on limite la casse dans une atmosphère qui ressemble à tout sauf à une paix sociale.

Alors oui, ceux qui relativisent ont raison. Objectivement ils ont parfaitement raison. Il n'y en a pas tant que ça, des agressions, dans les chiffres. Tant qu'on baisse les yeux face au réel, littéralement.

samedi 17 décembre 2011

Le métis est l'aryen du 21ème siècle

// écrit il y a plus de trois ans, à peine modifié

"Enfin un Noir président !", "Obama ? J'suis heureux qu'il soit élu parce qu'il est noir", "Barack Obama est plus apte que les autres car il porte dans ses gènes une diversité qui forcément le fait appartenir à tous les continents, et ne peut que le guider vers une politique de paix". Unanimité totale des Noirs, des Blancs, des Jaunes, des journalistes qui commencent tous leur JT par "Obama, premier président noir américain"...

Ils vivent l'extase. Ça y est. Un homme noir est à la tête d'une grande nation occidentale. C'est merveilleux. C'est même le début de la paix dans le monde. C'est unanime : le Nègre est l'avenir de l'Homme. Leur bonheur est total. Obama est peut-être ce qui peut nous arriver de mieux. Son aventure et surtout les réactions qu'elle a produites nous démontrent une bonne fois pour toutes la grande victoire de la race.

Ces occidentaux qui bandent devant l'épiderme mélaniné d'Obama sont des esclaves. En prétendant évacuer la race, ils ont créé la plus racialiste des époques. Ils ont jeté la croix gammée loin, très loin, elle leur est revenue en pleine gueule comme un boomerang. Ils ont mis sur pieds la mécanique d'un suicide blanc. Un monde où le bronzé est la finalité de toutes les finalités. Il est ontologiquement supérieur. Il est ce vers quoi nous devons tous tendre, ce vers quoi l'univers lui-même doit converger. Il est l'ultime idole des nouveaux inquisiteurs.

Ces gens ne sont en rien affranchis de la race, ils sont au contraire obsédés par elle. Ils se réjouissent ici et là de leur propre disparition. Très bruyamment, et très religieusement, ils s'épanouissent dans un monde où la blancheur est un péché. La virulence de mes mots n'a rien à envier aux messes - omniprésentes - des prêtres de l'antiracisme, à leur violence, il suffit de les entendre. De toute façon, les entendre, on n'a pas le choix. Il s'agirait maintenant de les écouter, de comprendre ce qui se passe. Quotidiennement, dans tous les médias et toutes les rues, des élites jusqu'au "peuple" qui s'en plaint, de haut en bas c'est l'éternel réquisitoire, Nuremberg ad vitam aeternam, le grand procès des faces de craies.

Il semblerait que la question raciale soit indépassable. On peut l'habiller de toutes les façons possibles, la maquiller, l'affubler d'ornements divers et variés, user d'artifices en tout genre, la travestir à travers telle ou telle déclaration du citoyen, tel ou tel décret, la masquer derrière telle institution et telle idéologie, sa silhouette revient toujours. D'une manière où d'une autre, ses contours se redessinent au-delà des modes, des partis, des régimes et des morales. Si le fait ethnique peut être surmonté, notre modernité a jusqu'ici prouvé qu'elle n'y parvenait absolument pas et qu'elle en était fière.

Sous Hitler la race blanche était au-dessus de toutes les autres, seule source de la civilisation humaine depuis la nuit des temps. Aujourd'hui c'est la symétrie : quand on ne nie pas jusqu'à son existence, on en fait la seule source des souffrances humaines. Le coupable unique, au passé, au présent, au futur et au détriment de toute justesse historique. C'est l'ère du révisionnisme homologué, de l'eugénisme humaniste.

Les Français ne sont pas les descendants des Gaulois. La France a toujours été une terre de brassage des peuples. Nous sommes tous des fils d'immigrés. L'identité n'a aucun sens parce qu'à la base on vient tous d'Afrique. L'avance technologique ? Aucun mérite, les Blancs ont pillé le Sud tout le monde le sait. Les mathématiques ?  Les Arabes voyons. Le rock ? Ça vient des Noirs, au fond, et eux c'est dans leur peau.

L'antiracisme n'est pas l'absence de racisme, comme l'antisymétrie n'est pas l'absence de symétrie mais une symétrie au signe négatif, le même objet retourné, c'est une autre symétrie, un autre racisme. La plus formidable entreprise raciste de tous les temps est à l'œuvre, l'immigration massive est son outil et elle tient cette antinomie pour devise : Le racisme est une maladie de Blancs. Pour supprimer celui-là, supprimons ceux-ci. Imparable. S'opposer à ce torrent de mensonges c'est s'opposer au Progrès, comme autrefois on s'opposait au régime soviétique et son Internationale. Vous êtes dès lors considéré comme un ennemi des peuples colorés, et comme un obstacle à l'homme nouveau, supérieur, en un mot à l'homme métissé. Si, comme le dit Finkielkraut, l'antiracisme est le communisme du 21ème siècle, le métis en est l'aryen.


La seconde guerre mondiale ne s'est jamais terminée puisque les nazis ont fait le monde à leur image : l'Allemagne a perdu mais la race a gagné. Plus que jamais on frémit pour une question de sang, désormais c'est la doctrine du sang mêlé qui est devenue religion. Et l'Aryen est la cible par excellence, bien trop clair pour être net, trop la gueule du SS, il faut effacer ce mauvais souvenir le plus vite possible avant que la bête immonde ne ressorte ses yeux bleus terrifiants. Un contre tous et tous contre un, le troupeau bouffe le grand méchant loup, qu'on le submerge ! Il faut le noyer, il faut qu'il croule sous le poids : faites céder le barrage ! Et nous voici comme des loups parmi les brebis.

Toute cette histoire n'est finalement que la grande victoire du nombre sur le rare, de la masse sur l'individu, du chaud sur le froid, du sale sur le propre, des larmes sur la pudeur, la fonte des neiges éternelles dans une rivière de boue, à l'usure, dans la bonne humeur et les ricanements crasseux : la grande victoire du Sud sur le Nord. Et la croix gammée est l'étoile jaune que l'on colle sur la veste des derniers Blancs qui refusent d'applaudir. Ce culte compte en Europe des millions de fidèles qui pointeront toujours du doigt les méchants "racistes", en réalité ceux-ci seront précisément les ultimes résistants de notre temps. Les derniers hommes de ce monde, et les premiers du prochain.

dimanche 11 décembre 2011

Elle

Lundi matin. Le réveil sonne à 07h30. J'ai dormi trois heures, je suis mort. Je l'éteins et ferme les yeux un instant. Je les rouvre, il est 08h45. Je devrais être au travail, dans un quart d'heure la banque ouvre.

Je me lève, je ne mange pas ni ne me lave, je m'habille et j'y vais. Je sais que je vais être face à des clients impatients et casse-couilles pendant des heures sans avoir une minute pour aller pisser, entre bouffées de chaleur et vertiges. Je ne supporte pas de dormir peu, ou mal, ou les deux. Cette journée sera longue.

Je pense à elle.

On me dit que je suis à la caisse 3. Celle du milieu. La caisse principale, celle qui fait aussi le change. Celle que je ne voulais pas avoir quoi. Bon, je m'y colle...

Impossible de savoir combien j'ai d'argent dans cette foutue boîte noire en métal, le mec qui bossait là avant moi n'a laissé aucune indication. Ma supérieure arrive. Tant pis t'as pas le temps de recompter, ouvre ta caisse et commence à prendre les clients y'a trop de monde. J'exécute. Bonjour madame, en quoi puis-je vous aider ? ...

Je prends de l'argent, quelques sueurs, j'en donne, la tête qui tourne, je recompte ces 17 billets... à moins qu'il y en ait 18... je sais plus, je recommence. J'ai chaud, j'ai froid, putain l'aiguille de cette horloge n'avance pas.

Chaque lundi je vois la faune humaine défiler. C'est comme une parade. Des familles entières et des gens seuls, des gens aimables et des malpolis, des gens heureux ou détruits par la vie, des jeunes et des vieux, de toutes les couleurs... même si les plus pauvres sont blancs. 90% du temps. La misère certains la vivent. D'autres en parlent beaucoup sans l'avoir jamais aperçue. Moi je la vois, je lui parle, je la touche toutes les semaines.

Il est 10h37, je meurs de faim faute d'avoir eu le temps d'avaler quoi que ce soit ce matin. Une femme arrive avec une poussette. Je lui dis bonjour, elle ne répond pas. Je continue comme si c'était normal, ça arrive tout le temps. Mais en l'occurrence, c'est normal. Je remarque que cette femme est muette.

Elle me demande 130 euros en l'écrivant sur du papier. Elle est déjà à découvert sans en avoir le droit, je ne peux rien lui donner, et je lui dis. Elle prend un stylo et écrit pour pouvoir me répondre. Je lis.

Jai un accor de mon consailler, cé parc que jen ai besoin pour acheter a mangé et des couche pour mon bébé.

Et merde. Mon coeur qui bat, ça me pince dans la poitrine. J'avais pas besoin de ça. Mais non madame. Je peux rien te donner, ça dépend pas de moi tu comprends ? Ce monde a voulu qu'on se retrouve face à face, toi avec ton gosse et tes larmes, moi avec ma nuit atroce et mes centaines de billets dans les mains sans que je puisse t'en donner ne serait-ce qu'un, et je ne sais pas pourquoi. Désolé madame, votre agence est fermée le lundi, je ne peux donc pas joindre votre conseiller pour être certain que vous avez son accord, vous devrez donc repasser demain matin.

Mai comen je fé pour ce soir ? Jen é besoin tou de suite, sil vou plai.

Désolé madame, au revoir.

Un Arabe arrive. Démarche de racaille, pas plus vieux que moi. Il pue le shit à dix kilomètres. Et moi qui suis obligé de lui dire bonjour. Et lui qui ne se sent pas obligé de me répondre. Il se plaint d'avoir attendu trop longtemps et estime que la grosse à la poussette qui était là a vraiment pris son temps. Elle croit que j'ai que ça à foutre ? qu'il gueule.

Je me retiens de lui enfoncer mon crayon dans l'oeil et je lui donne mille euros. Il se barre. Pas trop tôt. Il est presque midi. Bientôt la pause, cette divine pause.

Le dernier client de la matinée se pointe. Je le vois arriver de loin, il marche comme De Niro. Il s'approche, il a la gueule de De Niro. Il ouvre sa bouche, il parle comme De Niro. Lui il vient pas retirer 20 euros... Le voici qui sort des billets de 100, 200 et 500. Il les compte en italien avant de me les donner. Je le regarde et je souris. Je repense à tous ces films que j'ai vus. Coppola, Scorsese, De Palma... ce type est certainement un gangster, son argent est sûrement sale et il a assurément buté plus de mecs que la racaille de tout à l'heure mais je l'aime bien. Il m'est familier. Il fait partie de mon univers.

Je prends son versement, il me parle un peu avec cet accent particulier et ces mimiques à la Taxi Driver, et très sympathiquement il s'en va. Il est midi, je vais enfin manger quelque chose.

Je pense à elle.

J'ai pas beaucoup de temps. Je passe au MacDo qui est près de chez moi. Menu royal de luxe frites coca avec un big mac en plus le tout à emporter s'il vous plait merci au revoir. Que ce monde va vite.

Je mange devant mon ordinateur en modérant les commentaires du blog, je regarde les nouvelles, je digère quelques minutes la tête en arrière, les yeux fermés et Desolation Row dans mes enceintes. Je repense brièvement à cette femme et son bébé, je sens la fatigue et me dis que je pourrais tuer pour ne pas avoir à finir cette journée. Mais l'après-midi commence, pas le temps de souffler et j'y retourne.

13h30. Un monsieur âgé et petit, tout petit, s'approche. Il a une valise à carreaux montée sur roulettes et un gros manteau gris certainement plus vieux que moi. Il retire poliment son béret et me salue en prenant son temps. Les vieux ne viennent pas à la banque pour chercher de l'argent comme ils ne vont pas à la boulangerie pour chercher du pain. Ils y vont pour y aller. Pour le chemin, pour le temps passé, pour les gens croisés, pour les mots échangés. Dans cette course effrénée ils sont une pause, et j'avoue que celle-ci me fait du bien. Il est dur d'oreille, je dois lui répéter mes questions, mais ça ne m'agace même pas. Je lui donne 30 euros. C'est déjà bien assez hein me dit-il en souriant. Bonne route monsieur.

Je pense à elle.

Une vieille dame voilée arrive au guichet. Elle me parle, je ne comprends rien. Je lui demande gentillement de répéter, elle a l'air d'être surprise. Elle ne comprend pas que je ne la comprenne pas. Le français à fort accent algérien, tout le monde devrait comprendre non ? Elle ne m'a pas dit ça, en tout cas je ne crois pas, mais elle le pensait. Je finis par discerner quelques mots successifs... elle veut 600 euros. Pendant que je fais l'opération son mari la rejoint devant moi. Ils parlent en arabe entre eux, je ne comprends toujours rien, mais cela ne semble pas les inquiéter plus que ça.

Plusieurs lycéens viennent chacun leur tour me demander des livres sterling. Voyage scolaire dans l'air. On discute un peu. Ils partent tous pour l'Ecosse. C'est beau l'Ecosse. Faudrait que j'y aille un jour. Tous ces jeunes gens sont bien gentils mais je suis à deux doigts de m'écrouler sur mon bureau. Je veux dormir, là ou ailleurs, n'importe où. Dormir un mois. Au revoir et bon voyage.

Il est 18h00, le rideau de fer tombe enfin, mais il faut encore servir tous les clients qui sont à l'intérieur. Je les expédie, j'ai pas le temps, j'ai un train à prendre pour Paris à 20h15 et je dois encore préparer ma valise, manger, et faire deux trois autres trucs. Je cours d'un endroit à un autre, je repasse au MacDo parce que je n'ai toujours pas le temps, cette bouffe m'écoeure mais je vous l'ai dit : je n'ai pas le temps !

Je pense à elle.

J'arrive enfin à la gare. Je suis sur le quai, j'attends le TGV. Il fait froid, il y a du vent, mais ce plein air est un bonheur après des heures passées le cul vissé sur un fauteuil sous les néons d'une banque à la chaleur climatisée et étouffante. Bon Dieu cette journée se terminera-t-elle ?

Il y a des bancs, je suis exténué mais je reste debout. Le cheval peut dormir debout. Et c'est noble le cheval... On est toujours mieux debout. Je vois le vieil homme de la banque, avec sa valise à roulettes. Il a toujours l'air d'être un peu ailleurs, il cherche son wagon, son visage est inquièt, les autres passagers sont indifférents les uns par rapport aux autres, ils veulent juste aller d'un point A à un point B. Il se résout à faire la même chose. Question de siècle.

Je m'assoie dans la voiture 17, place 31. A côté de moi il y a une Noire qui n'en finit pas de bavarder au téléphone avec un kit mains libres. Je n'ai même plus la force d'être hérissé. Je finis par ne plus l'entendre. J'écoute In Rainbows et je nage dans ce bordel qu'est mon esprit... je me dis que je veux écrire un truc sur cette journée, sans aucune raison particulière. Nude, quelle sublime chanson... Mes nerfs se relâchent, le stress retombe, la tension s'évapore, la fatigue physique et morale reprend le dessus et je m'endors à moitié sur le plateau en plastique du siège de devant que j'ai déplié et qui je crois n'est pas prévu à cet effet.

Il y a des jours comme ça qui en contiennent mille. J'arrive à la gare de l'Est. Les derniers moments sont toujours les plus longs. J'en ai marre, je suis épuisé, je veux que ça s'arrête. Je suis un véritable zombie quand je descends du train.

Elle est là, sur le quai. Elle m'attend. Tout va bien maintenant.

Daria Marx contre Delphine Wespiser

Daria Marx est une femme qui sait écrire. Elle se sert de sa maîtrise de la langue française pour aider ceux qui lui sont moins familiers à remplir leurs papiers administratifs. Bien souvent il s'agit de personnes d'origine nord-africaine qui voudraient bien mais qui ne peuvent pas, et ça Daria Marx nous le raconte très bien. Son récit est touchant mais sobre, émouvant sans être dégoulinant. Parce que Daria Marx n'est pas qu'une femme qui sait écrire. C'est aussi une femme qui sait écrire. Aux pauvres gens qui viennent la voir elle n'offre pas que du subjonctif mais un style. En plus des courriers à la syntaxe parfaite elle leur écrit une histoire. Parce que Daria Marx veut mettre sa plume au service des laissés pour compte, son amour au service des autres. Enfin, pas tous les autres.

En 2009 un jeune homme, Jérémy, s'est fait massacrer par une bande de "jeunes" parce qu'il était fils de flics. Ces agresseurs se sont déchaînés sur lui au point de le finir à coups de pied au sol après l'avoir poignardé à plusieurs reprises, dans le visage. Ces individus ont été retrouvés et amenés au tribunal, dans lequel ils ont ri pendant leur audience. Aujourd'hui la justice française a décidé de les libérer. En réaction à cette décision le père de Jérémy, Joël Censier, a mis en ligne une vidéo qui a fait le tour de la toile dans laquelle il explique l'injustice dont il est victime : le "Pacte 2012 pour la justice". Et voici ce qu'en dit Daria Marx dans un de ses statuts facebook :

J'en vois beaucoup qui 'likent' le pacte 2012. Prenez le temps de lire ce billet et de comprendre. Ce truc est populiste, propulsé par l'extreme droite. Méfiance
// elle propose un article de Maître Eolas dont Blueberry vous parle très bien par ici

On peut se demander pourquoi un cœur si gros et si chaleureux avec les soucis en français des immigrés se transforme en iceberg face au désespoir et la souffrance inouïe d'un père qui lui aussi lance un appel à l'aide. Je crois avoir le début d'une réponse.

Hier je participais à un dîner de famille, une sorte de petit Noël avant l'heure. A la fin du repas, après quelques bouteilles, les gens se sont mis à parler de leurs différents voyages, notamment au Maghreb, et de l'attitude des touristes occidentaux. Une femme dit "Quand-même c'est dingue de préférer rester dans l'hôtel plutôt que de partir à la découverte du pays, de ses coutumes, des gens dans la rue. Nous les occidentaux on est vraiment pas ouverts". Je ne suis pas en désaccord sur le fond, c'est-à-dire sur l'intérêt de s'imprégner de la culture d'un pays inconnu lorsqu'on y arrive, seulement je me demandais ce que pensait cette femme - si enthousiaste à condamner le comportement occidental - des millions d'étrangers venus vivre en France sans être jamais rentrés dans une église ou bu un verre de vin rouge. Comme d'habitude je préfère ne pas intervenir. Une autre femme prend le relais : "Oui je suis d'accord, d'ailleurs nous une fois on était en Tunisie chez une famille, on nous avait chaleureusement accueillis avec un très bon couscous et un des Français de notre groupe s'est permis de discuter de la recette du couscous avec la dame qui l'avait préparé, en disant que celui qu'il faisait chez lui en France était un peu différent sur ceci ou cela... non mais quelle honte ! Vraiment le réflexe du colon occidental... quand je vois ça j'ai honte d'être française", et une autre femme de répondre "Oui ou on devrait plutôt avoir honte que ce type soit français !", etc.

Le soir en rentrant j'ai regardé "On n'est pas couché" sur la 2 et après un bon quart d'heure de Patrick Bruel saupoudré de Richard Berry, c'est-à-dire un joyeux mélange de vigilance citoyenne anti-Le Pen et de boursouflure judéo-centrée, Ruquier demande à Delphine Wespiser - la nouvelle Miss France - quel serait le candidat le plus proche de ses convictions, ce à quoi elle répond "C'est un sujet très très sensible donc voilà... je donne pas mon avis sur ça". Tu as eu raison de la fermer Delphine, comme je l'ai fermée à mon repas de famille, moi et bien d'autres avons compris ton silence, ton clin d'œil. Cette époque ne veut que des Daria Marx, des gens "subversifs" mais cools, qui parlent de grosses bites mais qui redeviennent des curés sur les points fondamentaux de la morale ambiante. Des gens qui veulent choquer les mamies mais qui se retrouvent outrés dès qu'on dépasse leurs petites limites. Elle en veut par camions, de ces moutons. Quelle hypocrisie dans cette question, comme s'il y avait de la place pour autre chose après la diarrhée verbale d'un Bruel, la grande prêche, comme s'il pouvait y avoir débat en dehors de cette unanimité, comme si on pouvait sortir de leur "champ de la démocratie" impunément... comme s'il y avait de la place pour nous.

L'accent de l'étranger est une chance pour la France, celui du terroir est un danger pour elle. Les réflexes ataviques de l'immigré sont des inadaptations temporaires (on ne se questionnera jamais sur le fait que ces gens ne connaissent toujours pas la langue française basique alors qu'ils sont là "depuis quatre générations"...), ses habitudes sont des maladresses presque charmantes, celles du Français de souche sont des preuves de xénophobie. Un Arabe communautaire c'est un atout pour notre société multiculturelle, un Blanc communautaire c'est un facho. Un musulman qui refuse que sa fille sorte avec un Blanc c'est au pire une incompréhension culturelle, un Blanc qui refuse que sa fille sorte avec un musulman c'est "les heures les plus sombres de notre histoire". Le racisme devient détail, et le "détail" devient racisme. On excuse tout à l'étranger, sa religion, ses racines, sa haine, on le dit victime des flux, victime de la mondialisation, on porte un regard sans cesse bienveillant sur lui quand on écrase, ridiculise, humilie, injure et dénonce le même comportement chez un vieux Blanc qui évidemment n'est victime de rien et coupable de tout. Le vieil Arabe est un traumatisé qu'on a tort de chambouler avec nos histoires d'assimilation, il peut être fier de sa culture, c'est mieux que la société de consommation vide de sens, t'vois, mais le Blanc enraciné lui, c'est Hitler.

Cette idéologie est partagée par tous, de Bruel à Daria Marx en passant par la France "populaire", cette France qui dès qu'elle passe le gramme d'alcool s'étale sur la dégueulasserie de ces enculés de Blancs, alignant cliché sur cliché, préjugé sur préjugé et mensonge sur mensonge, vomissant le beauf à la baguette de pain et à la bouteille de rouge tout en se resservant des verres de vinasse... il faudra d'ailleurs que je leur consacre un texte entier à ces beaufs-là, ceux dont on ne parle jamais alors qu'ils sont en tout point identiques au droitard bourgeois, inculte et convaincu de sa supériorité morale : ils vont en vacances dans les mêmes pays, se lâchent au même moment et de la même façon dans les dîners arrosés, à la différence qu'ils matent Le Grand Journal à la place du JT de Pernaut et préfèrent Yannick Noah et Jamel Debouzze à Michel Sardou et Laurent Gerra.

C'est donc cette doctrine que partagent toutes les grandes âmes autoproclamées : une sorte de mixage entre le mythe du bon sauvage et un paternalisme en filigrane faisant du gauchiste un raciste - lorsqu'on y réfléchit bien -  bien plus proche du racisme réel que celui du catho de campagne qui ne veut pas voir son église remplacée par une mosquée, non là c'est le véritable racisme, celui qui autrefois partait civiliser les sauvages pour leur bien et qui aujourd'hui, après l'échec monumental de cette entreprise,- entre culpabilité malsaine et haute estime de soi - prend sous son aile la femme voilée illettrée pendant qu'il chie sur la gueule du franchouillard au patois pathétique. Le prolo bronzé "miam", le prolo pâle "crève". Cela explique l'exode de la classe ouvrière vers le Front National. La gauche a choisi son camp et c'est effectivement celui du peuple. Du peuple immigré.

En ce moment la gauche essaie de faire passer une loi qui permettra aux étrangers de voter à certaines élections. Celui qui ici ne voit rien ne verra jamais rien et n'a jamais rien vu. Tout est clair, affirmé, assumé. La gauche n'a plus peur de perdre le vote des Français de souche puisque le divorce avec eux est total et explicite, elle l'assume aujourd'hui complètement, cette fracture "sociale" dont on nous parlait. Elle prend le parti de l'étranger idéologiquement mais aussi pragmatiquement. Le réservoir d'électeurs est en chute libre, trois défaites de suite à l'élection présidentielle et peut-être bientôt quatre : il faut faire quelque chose, et les naturalisations ne vont pas assez vite, les Blancs ne lâchent pas prise aussi facilement que prévu. Alors la gauche sort son arme fatale. Elle sait quel poids ces gens pèsent et pèseront dans les urnes, et la démocratie n'est que ça, le régime de la lourdeur. Elle parie sur ça : le nombre d'étrangers grandissant finira par être plus important que celui des Blancs. On dit que la politique moderne est condamnée au court terme mais il semble que la gauche ici voit loin, très loin. Les étrangers qui votent pour elle c'est la garantie de rester au pouvoir et de continuer d'incarner le parti de l'Autre contre l'Européen. Une démarche d'une cohérence parfaite, théorique et pratique. Et, accessoirement, une trahison. Quoique, la trahison exprime le fait de jouer contre son clan, mais quand on voit la gueule de ces dirigeants, de DSK à Jack Lang, d'Attali à BHL ou d'Harlem Désir à Julien Dray, le terme d'ennemis intérieurs leur sied bien mieux que celui de traîtres. Et toute leur action n'a rien d'un combat pour la tolérance ou le progrès (comme le montre avec beaucoup d'humour Mozinor), c'est une guerre pour la domination. La "marche des beurres" étaient leur marche sur Rome, à la nuance près que les Italiens en chemises noires, ils étaient chez eux.

Tous ceux qui se font les complices de ce basculement sous couvert de bonté d'âme - dont Daria Marx n'est qu'un symbole - sont des imposteurs, des "anti-patriotes" au service d'un autre patriotisme. Pour l'affaire du Pacte 2012 pour la Justice, Daria appelle à la vigilance en signalant que "ça vient de l'extrême droite, que ça sent pas bon". L'histoire de ces gens ne l'intéresse pas. Si l'on suppose une seconde une situation inverse au pacte 2012 : un père de famille algérien s'exprimant (dans un français maladroit si possible, ça fait chaud au cœur quand-même...) sur le meurtre à coups de couteau dans le visage de son fils Kamel par une bande de skinheads relâchés par la justice de ce pays, Daria s'empresserait de relayer ce pacte, surement en nous pondant un joli petit texte comme elle sait le faire pour nous dire combien ça la touche, cette affaire monstrueuse. Ils n'ont aucune compassion avec le faible, en réalité, ils frissonnent juste de plaisir devant l'invasion. Dans un stade de football ils "sifflent la Marseillaise avec les beurres", comme le chante Raphaël, mais prennent la position d'honneur dès qu'on entend retentir l'hymne de l'Autre. Qu'on ne se trompe pas sur leur compte : en réalité ils n'ont pas le cœur sur la main, mais la main sur le cœur.


lundi 14 novembre 2011

Chance

Bien sûr qu'ils sont une chance pour la France. Peut-être même sa dernière. Sans ironie aucune. Car ils ne trichent pas, eux. Ils sont l'écho brutal de l'échec républicain. Ils nous apprennent, feu après feu, coup après coup, vol après vol et viol après viol qu'on ne fait pas une nation sur des principes. Qu'on ne fait pas une nation tout court. Ils nous disent sans le vouloir qu'un peuple c'est un peu plus qu'un ensemble d'individus dont la seule chose en commun est un morceau de papier bleu. Même plastifié.

Chaque racaille passant à l'action c'est une fausse note de plus dans la mélodie des prêcheurs de vide. C'est un obstacle de plus sur un chemin que nous savons être une impasse. C'est une occasion de plus pour le citoyen lambda de prendre conscience de cette mascarade. C'est un petit crachat de plus au visage de ceux qui affirment qu'ils sont des Français comme les autres, et une petite pointe de haine de plus dans le cœur de ceux qui comprennent qu'ils ne l'ont jamais été et ne le seront jamais.

Tous ces petits Tony Montana en joggings fluorescents mettent à nu la grande débâcle dans laquelle nous nous démenons. Ils lèvent le voile sur l'étendue des dégâts et sur leur caractère irréversible. Ils envoient chier tout le modèle de pensée mis au monde par un Occident qui est en train de se détruire de l'intérieur. Ils sont l'incarnation même de ses limites. Ils sont la preuve vivante qu'il est plus que temps de passer à autre chose. Un autre chose qui, demain, sera certainement moins clément à leur égard.

Des émeutes, encore des émeutes, toujours des émeutes. Des flammes de plusieurs dizaines de mètres de haut, des lynchages de faces de craie sur la place publique, de la sueur, du sang et des larmes. Tout cela ne peut que contribuer à un éventuel retournement qui fera à nouveau tomber des têtes dans ce vieux pays. Mais les bonnes, cette fois-ci.

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Quelque part nous vivons une phase sublime de notre histoire. Je veux dire, observer des vieux soixante-huitards brailler des slogans anti-CPE dans leurs mégaphones en revivant avec nostalgie leur jeunesse "révolutionnaire" - l'époque où ils hurlaient "CRS : SS !" - pendant que leurs gosses se font tabasser à quelques mètres de là parce qu'ils ont la gueule trop blanche, c'est quand-même une scène assez inouïe... il y a là du formidable, du mystique, un décalage qui donne le vertige. Une vraie tragédie qui comme toutes les autres comprend une forme de beauté dans son drame, une beauté terrible.

samedi 22 octobre 2011

Des gens sans histoire

Bernard a 48 ans, il est boulanger. Une femme, trois gosses. Une vie tranquille dans un petit village du sud de la France. Sa fille Julie, 15 ans, s'est encore fait emmerder par des Arabes en sortant du collège. Des avances qu'elle a refusées. Quentin son frère, 17 ans, l'a défendue. Il est à l'hôpital avec une double fracture de la mâchoire et perdra l'usage de son œil gauche.

Un jeudi à la boulangerie, deux des racailles en question entrent, ils parlent de Quentin et de "la race" qu'ils lui ont mise. Ils sont morts de rire. Julie est derrière le présentoir avec son père à qui elle dit tout bas "Papa c'est eux !". "Je sais" répond-il les dents serrées et le regard fixe. Les deux jeunes, pas plus de 18 ans, sortent un couteau et réclament la caisse. De la rue, on entend des coups de feu qui retentissent.

Bernard purge actuellement une peine de prison à perpétuité pour double homicide volontaire. Quentin s'est suicidé, Julie a fugué et fait le trottoir pour se payer sa drogue. Le dernier fils, Alexandre, 23 ans, prend soin de sa mère Christine, 45 ans, devenue dépressive.

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Jean-Jacques et Madeleine ont respectivement 68 et 66 ans. Ce couple de retraités fête ses cinquante ans de mariage. Ils se sont connus dans leur plus petite enfance. Ils ont grandi ensemble dans les cités populaires des années cinquante, aujourd'hui devenues les "quartiers sensibles". Mais à l'époque "tout était différent" nous confie Madeleine. "Tout était neuf" dit-elle, "il y avait des jolis coins verts, les gamins jouaient au ballon, des jeunes faisaient de la guitare en bas de l'immeuble mais rien de méchant. On était heureux." conclue-t-elle, des trémolos dans la voix, pendant que son mari est assis sur une chaise derrière, le regard perdu par la fenêtre.

Après des années d'un quotidien devenu insupportable, le couple a pu réunir assez d'argent pour fuir une banlieue à laquelle ils étaient pourtant attachés. "On prévoyait de partir un jour" dit Jean-Jacques, "mais pas comme ça". Madeleine développe, "C'est le cœur lourd que nous sommes partis, mais c'était vraiment devenu une descente aux Enfers".

Elle se lève, ouvre le fenêtre du salon et lance "Ça, on ne pouvait pas le faire par exemple, à cause du vacarme des mobylettes, tout la journée, tous les jours. Une fois je leur ai demandé d'essayer de faire moins de bruit, ils m'ont lancé des cailloux, ils m'ont insultée et..." elle fond en sanglots alors que son mari la prend dans ses bras et continue : "Sans même parler de la musique à quatre heures du matin, des boîtes aux lettres et des ascenseurs cassés chaque semaine, de la voiture brûlée, des crachats et de la drogue dans la cage d'escalier, des menaces permanentes... On ne voulait plus de nous ici, chez nous".

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Bien que fils de médecin, Anthony n'a jamais été fait pour les études. C'est un garçon simple, mais honnête et droit. Sa naïveté lui a toujours assuré une innocence proche de la pureté. Après avoir raté son brevet des collèges, il a fait quelques petits boulots puis a réussi à dénicher un apprentissage en tant que carrossier, dans le garage d'un ami de son père.

Il a une manie assez drôle, surprenante pour qui ne le connait pas. Comme son père lui a toujours dit que le tabac était nocif, il ne supporte pas la cigarette. Chaque fois qu'il voit quelqu'un en fumer une, il lui arrache en l'écrasant à terre et dit "C'est dangereux pour le cancer". Mis à part cela, Anthony est très sociable. Tous ceux qui le connaissent l'aiment. Il s'est même trouvé une petite copine sérieuse, elle est d'ailleurs enceinte. Côté professionnel tout se passe bien aussi, puisqu'il est sur le point de décrocher un CDI dans la boîte où il est apprenti.

Un soir, vers minuit, Anthony descend à l'épicerie acheter du chocolat pour sa femme désormais enceinte de six mois et demi. Sur le chemin du retour, il croise trois voyous ordinaires au coin d'une ruelle, dont un qui tient une cigarette à la bouche. Anthony est aujourd'hui enterré quelque part en Bretagne. Il a été tabassé à mort à quelques mètres de son appartement. Les auteurs du lynchage courent toujours. Il avait 21 ans.

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Patrick a 43 ans. Il est ouvrier dans la même entreprise de sidérurgie depuis qu'il y est entré à l'âge de 17 ans. Il a deux gosses, il est divorcé et vit dans le Pas-de-Calais. Ce n'est pas un type très cultivé mais il est courageux et a une certaine morale. Il mène une vie assez ordinaire, il est abonné au stade Bollaert, il travaille dur et ne demande rien à personne.

Patrick ressent des frissons lorsqu'il écoute la Marseillaise. Il a les mains qui tremblent quand il voit des drapeaux tricolores portés fièrement, et pas qu'à l'occasion d'une victoire au football. Il a les larmes aux yeux et les genoux fébriles lorsque Sarkozy lui parle de ceux qui se lèvent tôt, de l'Histoire de France et de l'identité nationale. Il n'a pas de recul sur tout ça. Il est ce qu'il est, et ne se l'explique pas. Il n'a ni le besoin ni la capacité de théoriser pour comprendre, ou plutôt sentir, que quelque chose ne va pas. De l'hymne national sifflé jusqu'à ses pneus crevés et l'inscription "SAL BLAN" gravée sur la portière droite de sa voiture, Patrick est malheureux.

Il a voté FN en 2002, aux deux tours, mais le nie lorsqu'il est en société. Sa fille a 20 ans, elle s'appelle Amélie. Elle a eu un enfant avec un Noir, et attend un bébé du même homme. Patrick a mal, il ne sait pas exactement où ni pourquoi, mais il ne dit rien. Il est raciste et haineux, car Bernard-Henry Lévy et Gérard Miller lui ont dit à la télé. Il s'en veut énormément, il se dit que quelque chose ne tourne pas rond chez lui. Il a honte d'être ce qu'il est. Il se contente d'être poussé par les vagues tout en ayant l'impression, pour des raisons qu'il ignore, que le sens du courant n'est pas le bon.

Son fils Romain, 18 ans, a découvert que son père avait voté Le Pen. Il l'a aussitôt dit à sa sœur Amélie et à sa mère Carole. Tous trois ont coupé les ponts avec Patrick. Quelques années de solitude passèrent, une délocalisation, un chômage difficile à vivre entre mosquées et violence urbaine.

Un 25 décembre on retrouva cet humble ouvrier pendu, au milieu de son salon.

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Emilie a 14 ans, elle vit en région parisienne. Elle est fille unique, et fréquente un collège de ZEP, en classe de quatrième. Son groupe préféré est Type-o-negative et sa garde-robe est plutôt sombre, ce qui ne lui facilite pas la vie dans un environnement monopolisé par des rappeurs habillés en pokemon. Qui plus est, elle a le tort d'être intelligente et bonne élève. Elle ne compte plus les insultes et les crachats. Le soir elle rentre chez elle sans se retourner, en traçant tout droit, les yeux rivés au sol.

Il y a un an, elle fut rouée de coups pour un regard de travers. Poumon perforé et mâchoire cassée. Les "jeunes" qui lui ont fait ça ont dû exécuter quelques heures de travaux d'intérêt général. Ils étaient quatre, dont deux sont dans le même collège qu'Emilie.

Un jour que l'adolescente se rend aux toilettes de l'établissement, elle se fait interpeller par ses deux anciens agresseurs, dont un la tient et l'autre bloque la porte pour que personne ne puisse entrer. Elle se fait frapper une minute ou deux, dans l'indifférence totale des collégiens qui aperçoivent la scène en passant devant la vitre de la porte. Tous ont peur des représailles s'ils interviennent. Les deux garçons courageux partent en courant, Emilie s'effondre au sol, seule. Elle n'a rien de grave mais est en larmes. L'usure, la fatigue. Ça fait déjà trois fois cette semaine.

Cette fois elle décide d'aller en parler au directeur. En traversant la cour, tout le monde la regarde. Chacun sait ce qu'elle va faire, et chacun lui porte un regard accusateur. On entend quelques mots au milieu du brouhaha. "Balance", "Facho". Arrivée dans le bureau elle raconte ce qu'elle vit, elle raconte que ce sont toujours les mêmes. Elle décrit précisément le profil type de ses agresseurs. Trop précisément. Le directeur de ce collège la renvoie sèchement, feignant d'être pressé : "Oui oui je ferai ce que je peux hein Emilie, en attendant avec ton accoutrement et ta musique violente à fond dans le walkman tu les cherches un peu quand-même". "Non mais..." répondit-elle avant d'être interrompue : "Et puis tu m'as l'air de faire une fixette sur leur couleur de peau également, on a que ce qu'on mérite dans la vie chère petite". C'est sur ces bonnes paroles que l'adolescente est rentrée chez elle.

Elle ne parle plus à ses parents de ce genre d'évènements. La seule fois où elle a essayé, elle avait à peine prononcé le mot "racailles" que son père et sa mère lui ont dit "On ne t'a pas élevé pour que tu votes UMP ou pire !". Alors elle s'enferme dans sa chambre et écoute Bloody Kisses en boucle.

Quelques jours plus tard elle apprend que les deux "jeunes" des toilettes ont récolté deux heures de colle chacun. Un soir, sur le chemin du retour, une bande de racailles l'attrape et l'emmène dans une cave. Elle ne parvient pas à les compter, ni même à voir leurs visages sous les cagoules. "Alors t'as balancé au dirlo salope !". Ils la menacent avec un couteau. "Bouge pas et crie pas ou t'es morte". Emilie est paralysée par la peur. L'un d'entre eux met son sexe dans la bouche de la jeune fille. "Ah beh tu vois tu l'ouvres bien ta gueule, pas comme l'année dernière !". Elle entend des rires qui résonnent dans cet endroit sombre, et comprend à qui elle a affaire. Ils la violeront pendant presque trois quarts d'heure en filmant la scène avec un téléphone portable. Avant de partir, ils la menaceront de montrer ces images à tout le monde si elle parle.

Emilie rentre chez elle et prend une douche. Puis deux, puis trois. Elle s'allonge ensuite sur son lit. L'heure du dîner venue, sa mère l'appelle pour venir manger, mais elle ne répond pas. La maman de l'adolescente vient donc toquer à sa porte. Toujours pas de réponse, la musique tourne à fond, comme d'habitude. Au bout d'une demi-heure, la mère entre finalement en forçant la serrure. La chambre est vide.

Le corps d'Emilie gît sur le macadam, 19 mètres plus bas. Elle s'est défenestrée un quart d'heure plus tôt et n'a laissé aucun mot.